Aterballetto est la seule compagnie nationale de danse en Italie, labellisée et soutenue par le ministère. Ses 16 danseurs permanents enchainent les tournées internationales, dansant le répertoire contemporain et passant commande à des chorégraphes internationaux. Le programme proposé à Martigues et Toulon enchainait trois pièces d’esthétiques a priori différentes, mais d’exécution au fond similaire.
Rhapsody in blue, sur le concerto de Gershwin, est une commande aux chorégraphes Iratxe Ansa et Igor Bakovich pour les seize danseurs la compagnie. Leur ordonnancement impeccable suit la musique dans ses élans et ses rythmes, chaloupe comme elle est jazz, s’envole comme elle est classique mais ondule aussi en permanence, comme des lianes reliées dans des figures inspirées, sous la lune pâle puis rousse, dispensant des moments de grâce.
Désasptiser les corps
La reprise de Solo Echo (2012), de la chorégraphe canadienne Crystal Pite, est d’emblée plus décevante. La pièce pour sept danseurs, traversée par le romantisme des sonates pour violoncelle et piano de Brahms, ne fait pas surgir d’émotion de ces corps qui s’enchainent, s’empoignent, s’abandonnent. Pourtant la neige tombe, la mort s’évoque, et les danseurs maîtrisent à la perfection les difficultés d’une danse héritière des techniques classiques et contemporaines, si difficilement conciliables. L’émotion ne surgit pas, comme si la douleur existentielle évoquée par Crystal Pite était étrangère au registre, impeccable, des danseurs.
La troisième pièce, Glory Hall (2025) création de Diego Tortelli, viendra confirmer ce décalage entre ce qui est évoqué et les émotions provoquées. Les quinze interprètes évoquent des univers interlopes, main sur le sexe, corps masculins érotisés, gestes sexuels explicites, mais la musique post rock ne suffit pas à désaseptiser les corps si valides et proprets de danseurs qu’on n’imagine pas perdus dans les souterrains de la nuit.
La danse italienne contemporaine, il y a 20 ans, celle de Virgilio Sieni, Ambra Senatore, Raffaella Giordano… faisait souffler un vent contestataire, ironique, théâtral, inattendu et dérisoire. Une beauté aux ombres sombres, que la pénombre de Glory Hall n’atteint pas.
AGNES FRESCHEL
Spectacle donné les 18, 20 et 21 mars au Liberté (Toulon) et aux Salins (Martigues).
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