mercredi 25 mars 2026
No menu items!
Cliquez sur l'image pour vous abonnerspot_img
AccueilÀ la UneLa lumière dans les ruines

La lumière dans les ruines

Dans Minga di una casa in ruinas, présentée en ouverture de la Biennale des écritures du réel, Ébana Garín Coronel transforme la perte en art

Ce jeudi 19 mars, l’émotion était palpable lors de l’ouverture de la 8e édition de la Biennale des écritures du réel. Et pour cause, comme l’explique Fanny Girod, secrétaire générale du Théâtre Joliette dans son introduction, le thème de l’oubli fait tristement écho aux guerres et massacres en cours – et c’est bien pour cela qu’il est aujourd’hui important de le confronter. Minga di una casa in ruinas du Colectivo Cuerpo Sur, performance présentée ce soir-là, aborde frontalement et sensiblement le sujet qu’elle semble avoir été créée sur-mesure pour l’occasion.

La minga est une tradition de l’île de Chiloé (Patagonie chilienne), qui consiste à déplacer des maisons entières d’un lieu à l’autre, sans les détruire. Quelque chose qui est évidemment impossible si la maison est déjà en ruine, comme c’est le cas de celles au cœur du récit de la performance.

En 2019, deux membres du collectif se rendent à Chiloé et « tombent amoureux » d’une maison appartenant à un certain Don Dago, en train d’être démolie. Des images de cette démolition, filmées en accéléré et étirées en largeur, sont projetées sur l’écran en fond de scène, contrastant avec le caractère brut de la scénographie et de l’ambiance sonore.

Dépossession et reconstruction

Sur le plateau, Ébana Garín Coronel dispose des planches de bois, les frotte et les tape, en suspend d’autres au moyen de tringles qu’elle hisse à bout de bras devant l’écran, et qui viennent morceler les images projetées. Le bruit des frottements et des heurts, captés par un micro, résonne dans toute la salle. L’expérience est presque synesthésique.

La narration aussi est morcelée ; la performeuse donne corps aux mots de Don Dago qui décrit la disparition d’un mode de vie, d’une communauté et de ses traditions ; elle interprète aussi sa mère juste avant qu’elle ne fuit le Chili de Pinochet et raconte la vie en exil à travers ses yeux d’enfant. Les différents récits qu’elle tisse ont en commun une forme de dépossession, le choix d’abandonner ce qui était sien face à des bouleversements sociaux ou politique. Et l’impossibilité de se départir vraiment de ce qu’on a perdu.

Mais le spectacle fait aussi la preuve que la perte n’est pas nécessairement synonyme d’oubli, et qu’elle peut au contraire être un matériau pour fabriquer du beau.

CHLOÉ MACAIRE

Le spectacle a été donné les 21 et 22 mars au Théâtre Joliette, Marseille.

Dans le cadre de la Biennale des écritures du réel.

Retrouvez nos articles On y était ici

ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

Phèdre et souris

Le dispositif est incroyable : le public est séparé en deux, en bi-frontal, et ne suit pas le même film. Les uns voient Max,...

La République, l’enfance et le racisme

Trop longtemps, la parole est restée enfouie. Mais lorsque les attaques se font de plus en plus fréquentes, que certaines personnes se permettent de...