dimanche 16 juin 2024
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La porte du temps

Tomohisa Taguchi adapte en anime, le roman jeune public Tunnel to Summer, the Exit of goodbyes écrit par Mei Hachimoku. Pour un rendu de belle facture qui lui vaut le Prix Paul Grimault à Annecy

C’est l’eau grise de la pluie, les gouttelettes de lumière sur les fleurs et les herbes, les parapluies en corolles, une gare déserte, des rails qui traversent la campagne, la flambée rousse des feuilles d’érables ou le soleil des tournesols. Du gris bleu, du bleu gris, du brun, du rouge, du jaune et du vert, en dominantes successives. Un lycée où chahutent des ados, des maisons traditionnelles aux cloisons de papier, un aquarium et un tunnel sous la voie ferrée qui mène ailleurs dans l’espace-temps. On est dans le village japonais de Kozuki et dans le nulle part imaginaire des âmes perdues. Tunnel to summer est une romance, un teen-movie qui associe avec élégance une dimension fantastique et symbolique aux poncifs du mélo traditionnel.

Deux jeunes lycéens mal dans leur peau vont se rencontrer. Kaoru Tôno, rongé par la culpabilité depuis la mort accidentelle de sa petite sœur dont il se sent responsable, vit avec un père alcoolique, violent dans un foyer déserté par la mère. Anzu, arrive en cours d’année dans la classe de Kaoru, la rage au ventre, doutant d’elle-même, rejetée par ses parents parce qu’elle veut suivre les traces de son grand-père, auteur de mangas et mort sans un yen. Kaoru a découvert – par hasard, mais en est-ce un ? – l’entrée du tunnel d’ Urashima, qui selon une légende urbaine offre à ceux qui y pénètrent la réalisation de leur vœu le plus cher. Aventure périlleuse car quelques secondes dans le tunnel correspondent à plusieurs heures dans la vraie vie.

Délicates images

Kaoru veut revoir sa sœur. Anzu veut laisser une trace de son existence en devenant mangaka. Tous deux vont expérimenter des incursions dans le tunnel magique, testant les connexions de leurs téléphones portables. Une complicité qui se transforme en amour. Peu de personnages secondaires, peu de lieux différents : Kaoru et Anzu (dessinés par Satomi Yabuki) omniprésents sont cadrés à toutes les échelles. Comme entravés dans leur vie, ils rejouent les mêmes scènes dans le même décor.  En dépit de la gravité des thèmes – la défaillance parentale, la peur de l’avenir, le poids du passé, la difficulté de surmonter un deuil, de faire des choix, de dire adieu, d’accueillir un amour, ce film d’animation de belle facture, se teinte d’une grande douceur et laisse flotter longtemps, en persistance rétinienne, de délicates images mélancoliques.

Tomohisa rêve déjà d’une nouvelle adaptation : ce serait Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami, encore une histoire d’adolescent en rupture, énigmatique et à forte charge allégorique.

ÉLISE PADOVANI

Tunnel to Summer, the Exit of goodbyes, deTomohisa Taguchi

En salles le 5 juin

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