mercredi 21 février 2024
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La puissance et la force

À une spectatrice qui l’interrogeait sur la possibilité d’espérer encore un avenir face à la montée, qui semble inexorable, des violences et de l’extrême droite, Corinne Pelluchon, philosophe invitée des Rencontres d’Averroès, recommandait de guetter les « signaux faibles » dans le flux ininterrompu qui nous informe de nos défaites. D’observer ces actes de résistance, ces manières d’inventer d’autres modes de vie, de refuser les chemins tout tracés des entreprises capitalistes, de ralentir, de sortir des dominations pour construire des relations horizontales, égalitaires, dans le respect du vivant.

Opposer la puissance à la force. Face à l’élection de Javier Milei, plus catastrophique encore que celle de Bolsonaro ou de Trump, qui risque bien de revenir dans un an ; face aux crimes de guerre de Poutine qui enlève et « russifie » les enfants ukrainiens comme le faisait déjà Hitler, avec le même peuple ; face à Netanyahou qui bombarde les ambulances, les hôpitaux et les civils, et laisse des colons sans loi s’armer et abattre ceux qu’ils ont colonisés ; face au Hamas qui mène une guerre barbare qui ne peut aboutir à aucune paix, où peut-on voir des « signaux faibles »  qu’un autre avenir, désirable, est possible ?  

Face à la force, à ce « futur sans avenir », il nous faut retrouver de la puissance, et l’affirmer.  Puissance de s’opposer, comme Oumou Sangaré, aux traditions de polygamie et d’excision pour affirmer la détermination des femmes maliennes, l’importance de la musique et du corps. Puissance du trio Mademoiselle, de la mémoire de Rachid Taha qui a tant fait pour décoloniser les consciences. Puissance d’un concert symphonique à la mémoire des enfants morts, de ces festivals de cinéma qui rappellent à chaque séance qu’un autre monde est possible, porté par des femmes, des jeunes, en Méditerranée, en Espagne, en Afrique, qui parlent du peuple, de la tendresse, de la vie, simplement. 

Ces signaux faibles qu’il faut guetter et soutenir dominent aujourd’hui l’offre culturelle sur nos scènes qui luttent sans fléchir, sans discontinuer, contre les discours abrutis des médias dominants gangrénés par l’extrême droite. Lorsqu’on change de lunettes, que l’on se détourne des flux, que l’on guette, les signaux faibles deviennent assourdissants. 

La puissance des démocraties devrait consister à les aider à surgir et à vivre, pour reconstruire un avenir vivable et possible, pour tous. Sortir et partager sa culture avec d’autres, gouter à tous les arts, est plus que jamais un acte de résistance aux obscurantismes qui surviennent. 

AGNÈS FRESCHEL

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