jeudi 13 juin 2024
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L’art de l’empreinte

Souvenirs, charmant disque enregistré par les pianistes Pascal Rogé et Barbara Binet

Comme souvent, tout part d’une œuvre, d’une pièce sur laquelle se sont rencontrés deux artistes. Pour Pascal Rogé et Barbara Binet, couple de pianistes à la complicité contagieuse, il s’est agi des Souvenirs de Samuel Barber, dont le Pas de deux ouvre le disque. 

Le compositeur américain, dont le célébrissime Adagio constitue un des opus les plus écoutés du répertoire, avait initialement composé cette pièce tendre et mélancolique pour orchestre, avant de la transcrire pour quatre mains. L’interprétation du duo tire le meilleur de la simplicité mélodique et de ses harmonies mineures évoquant, entre autres, le romantisme viennois. 

Douce étrangeté

Mais aussi une mélancolie et un lyrisme sans frontières temporelles ou géographiques, unissant cette polyphonie faite d’écho aux pages tout aussi mélancoliques d’Emmanuel Chabrier ou d’Edvard Grieg. La sélection, intelligente et sensible, est d’autant plus admirable qu’elle met à l’honneur des œuvres formidables et pourtant peu ou trop rarement jouées. Dont la Sonate pour quatre mains de Poulenc, dont on entendra la très belle Rustique qui évoque, dans son éclat, les Contes de ma Mère l’Oye et son inimitable et glorieux final. Ce jardin féérique que Ravel souhaitait « lent et grave », et qui se nimbe ici d’une véritable poésie. Ou encore la valse extraite des Deux valses pour deux pianos de Germaine Tailleferre, au tempo de danse tout aussi élégant mais aux couleurs modales d’une douce étrangeté. 

En soliste, Pascal Rogé s’attelle également avec finesse aux pages de Lili Boulanger – Cortège – ou à Cécile Chaminade – Automne, exigeante étude de concert. Ainsi qu’à un Scarlatti débarrassé d’oripeaux baroquisants, ou à d’ambitieuses pages de Rachmaninoff ou de Scriabine, qu’il maîtrise à la perfection. 

Mais c’est malgré tout dans ses embarquées duellistes que l’opus se révèle le plus émouvant. La Suite Dolly de Fauré siège également parmi les pièces maîtresses de ce disque : sa Tendresse en étant, évidemment, le morceau le plus seyant pour les deux interprètes. En conclusion du disque, le Two Step extrait de Barber ouvre vers un facétieux horizon de vélocité.

SUZANNE CANESSA

Souvenirs de Pascal Rogé et Barbara Binet 
Halidon
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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