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Le Grand Phuket, une adolescence en Chine

Découvert à la Berlinale 2024, Le Grand Phuket raconte la mutation d’un jeune garçon sur les ruines d’un monde ancien.

The Great Phuket était l’un des nombreux films chinois sélectionnés à la Berlinale 2024, toutes sections confondues. Des films nourris par les traumatismes nés des bouleversements urbains, économiques, sociologiques qui ont secoué tout le pays et l’ont projeté avec une grande brutalité, pour le meilleur et souvent le pire, parmi les premières puissances mondiales. Des films de déchirure, d’entre deux temps, d’entre deux mondes.

Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur Yaonan LIU de 39 ans, a fait appel à des acteurs non professionnels castés dans les villages urbains du district du Grand Phuket au sud de la Chine. Une zone restructurée par le plan de reconstruction gouvernemental. Des barres d’immeubles, des ilots de maisons villageoises au confort sommaire, un lycée tout neuf, des terrains vagues, des champs de ruines d’habitations récemment détruites, un plan d’eau pollué : un chaos dans lequel Li Xing un adolescent de 14 ans, cherche ses marques. Conflits avec sa mère et son beau-père, des gens du peuple « sans instruction et peu entreprenants » comme ils se définissent eux-mêmes et qui refusent l’expropriation. Incidents à l’école où Li Ying dort en cours, introduit des portables interdits et se bagarre avec les « caïds » du campus.

Li Xing a l’âge des émois amoureux : son cœur bat pour la brillante jeune fille qui anime la radio du lycée. Li a l’âge ingrat et la peau acnéique. Li est un effronté. Lointain cousin du Doisnel des 400 coups dans lesquels il entraîne son ami Song Yang, plus timoré, issu d’un milieu « bourgeois » et dont la mère suscite ses fantasmes érotiques.

Li et Song ont trouvé l’entrée d’un tunnel où ils se réfugient souvent. Là, les pierres ont enregistré les sons du passé et le souterrain conduit à une usine désaffectée interdite au public. Song y frôlera la mort et Li, miné par la culpabilité et la détresse verra cet abri s’écrouler au sens propre et figuré. Le quartier en voie de destruction, va de pair avec Li, comme lui en devenir et à reconstruire. Et le boyau où il s’enterre, archéologie d’un passé industriel récent, renvoie à l’idée de digestion et de gestation.

Le film volontairement elliptique, juxtapose scènes réalistes et scènes oniriques. Rêves ou cauchemars se traduisent en images d’animation sans rupture avec le prosaïsme documentaire. Parfois ce prosaïsme-là se fait collage surréaliste :  des poissons sèchent suspendus à un fil, au balcon de la maison paysanne, tandis que l’arrière-plan se hérisse de tours au milieu des gravats.

Le monde adolescent n’est pas rationnel, dit Yaonan LIU, il obéit aux émotions, crée ses trompe l’œil, s’entiche de ses illusions.

Comme souvent pour un premier film, Le Grand Phuket puise dans la vie de son réalisateur, dans sa nostalgie  » d’un lieu sale et désordonné « , de cette  » ville éphémère prise en étau entre deux époques « , à l’instar de toute adolescence. Il rend aussi hommage aux adultes, à leur faculté d’adaptation et à leur énergie pour reconstruire une vie sur les ruines du monde ancien.

ELISE PADOVANI

Le Grand Phuket de Yaonan LIU

En salle le 4 février

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