En 2017, Frédéric Farrucci avait tourné un documentaire sur un berger du littoral corse, Joseph Terrazzoni, en souffrance parce qu’il élevait des chèvres dans un lieu où il craignait qu’on veuille construire des hôtels de luxe. Le cinéaste corse décide d’en faire une fiction, tournée sur les terres du berger, avec des acteurs corses parfois amateurs, filmée comme un western en 2.35. Loin des clichés, l’image offre une palette de couleurs très travaillée ; si le bleu du littoral domine au début du film, le vert de la montagne et du maquis prend le relais, suivant la cavale d’un berger traqué.
Le film commence sur les chapeaux de roue. En pleine nuit, arrive devant la ferme de Joseph une voiture. Deux hommes en sortent, menaçants, lui « offrant » 300 000 euros pour son terrain. « On ne dit pas non à ces gens-là » lui conseille un voisin qui a vendu ses terres. Une deuxième visite donne lieu à des menaces encore plus fortes, calibre à la main. Joseph s’enfuit, poursuivi par deux hommes prêts à tout, y compris à tirer sur une plage bondée. La situation dérape : un coup de feu, un mort : l’entrepreneur Charles Battesti. C’est le début de la cavale de Joseph à travers le maquis. Un homme traqué par la police et par les mafieux à qui il a dit non. Combat de David contre Goliath. Un homme seul que sa nièce, Vannina (Mara Taquin) va aider, en se servant des réseaux sociaux et en forgeant sa légende. Il devient « Le Mohican ».
C’est Alexis Manenti qui l’incarne, taiseux, déterminé, sensible, toute une palette d’émotions que l’acteur sait manier, avec empathie, lui qui se bat pour une juste cause. On a mal avec lui quand il court, comme une bête blessée, on serait prêt à l’aider en s’occupant de ses chèvres et même à le cacher ! Un film où la tension est extrême jusqu’à la fin, accentuée par la musique de Rone qui souligne la rugosité du paysage et l’énergie de celui qui lutte pour sa survie. Un film réussi.
Annie Gava
Le Mohican, de Frédéric Farrucci
En salles le 12 février
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