Le programme est proposé par Jean-Charles Gil, ancien directeur du Ballet d’Europe et danseur étoile fétiche de Roland Petit. C’est un hommage à sa ville et à la danse qu’il aime, et qu’il a dansée, fondée sur l’excellence d’une technique académique, une connaissance historique rigoureuse des répertoires romantique et moderne, et un attrait pour des années 70 pop et colorées.
Reprendre ces répertoires du XXème siècle à l’opéra, avec son orchestre, tend à affirmer l’opportunité, à côté de la création contemporaine, de conserver et donner à voir les plus beaux moments de ces grands ballets, qui constituent une mémoire de la danse. Discutable parce qu’essentiellement performative, éminemment genrée et intrinsèquement douloureuse pour les interprètes, mais qu’il serait regrettable de perdre faute de danseurs combattants : le public friand de cette danse et adepte de cet art sportif est nombreux, et les deux représentations affichent d’ores et déjà complet.
Marseille au coeur
Il faut dire Marseille fait figure d’exception dans l’histoire du ballet. Avec Marius Petipa tout d’abord, qui a écrit en 50 ans (de 1860 à 1910) plus de 60 ballets classiques, en les imposant comme un spectacle détaché de l’opéra, et en fixant le déroulement formel des pas-de-deux (adage, variation masculine et féminine, coda). Le programme permettra de voir les plus célèbres de ces duos codifiés et genrés, extraits de La Bayadère, La Belle au bois dormant et bien sûr Le Lac des cygnes.
Petipa est un Marseillais qui a fait l’essentiel de sa carrière à Saint -Pétersbourg avec les Ballets russes, comme Maurice Béjart à Paris puis Bruxelles (1960-1987) et Lausanne (1990-2007). La danse de Béjart, profondément musicale, abandonne le pas-de-deux pour des duos et des variations moins formalisés, et une liberté narrative où les idées s’incarnent comme dans Liebe und Tod, dans Bakhti, d’inspiration indienne, dans le Soldat amoureux, où le soliste enchaîne des doubles tours et batteries virtuoses sur une chanson populaire italienne.
De très belles pages de Lazzini seront aussi dansées sur la scène de l’Opéra de Marseille, où certaines furent créées : le chorégraphe, qui quant à lui est né à Nice, dirigea le Chœur de ballet de l’opéra de Marseille avant la création du Ballet National de Marseille par Roland Petit, et Gaston Defferre, en 1972. De Joseph Lazzini, chorégraphe inventif qui a participé à la libération de la danse académique avant la vague de la nouvelle danse française et américaine, on pourra voir deux Pas-de-deux, écrit sur les 1ère et 3ème symphonies de Mahler.
Car une des qualités du programme est aussi de relier le ballet à la musique orchestrale : Minkus, Tchaïkovski et Mahler seront interprétés par l’orchestre de l’opéra, dirigé par Ermanno Florio. Dans un programme où l’on peut noter l’absence totale de femmes à la baguette musicale et chorégraphique : les danseuses ne sont que des étoiles qui brillent au ciel d’un univers très masculin où les danseurs, aussi, sont des objets scintillants.
Le répertoire, c’est aussi cela.
Agnès Freschel
Marseille danse ses légendes
les 24 et 25 janvier
Opéra de Marseille
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