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AccueilNon classéLes lois scélérates de Vichy

Les lois scélérates de Vichy

Le Birgit ensemble donnait au Zef un spectacle sur Les Suppliques, lettres de Juifs écrites à Pétain en 1941 et 1942

La salle a applaudi longtemps. Quand les acteurs entrent enfin en coulisses les spectateurs ne se décident pas à quitter la salle, comme abasourdis. Un d’entre eux reprend les applaudissements qui se sont éteints. Tout seul d’abord, suivi par ses voisines, par un groupe de jeunes en face (le spectacle est bi-frontal), puis par l’ensemble du public. 

Il est des spectacles dont on sort tremblants, les jambes mal assurées. Comme celui-ci, aujourd’hui. Parce que Netanyahou écrase Gaza, que LFI laisse passer une affiche antisémite tandis que Musk fait un salut nazi, que des lois restreignant les droits des étrangers ont été adoptées en France, que des propos discriminatoires sont tenus dans les rangs même du gouvernement français. Tout cela, avec évidence, sous-tend la représentation et la réaction du public à ces Suppliques de juifs persécutés, des lettres réelles rassemblées, adaptées et mises en scène par Jade Herbulot et Julie Bertin (Lire notre entretien ici).

Coupable de quoi 

Les quatre acteurs – Salomé Ayache, Marie Bunel, Pascal Cesari et Vincent Winterhalter – font vivre tour à tour les personnages, et leurs réactions complexe à la judéité. Une collégienne juive cherche les noms de sa famille au Mémorial de la Shoah, prenant conscience du nombre effarant des victimes, et ouvrant la porte aux scènes élaborées d’après les lettres : une femme catholique ayant épousé un juif étranger, donc apatride et indésirable, plaide coupable (de quoi?) pour garder son commerce ; un héros de la Grande Guerre se révolte contre les mesures discriminatoires prises par le Maréchal qu’il a admiré ; des juifs français cherchent leur fille, une mère qui a vu disparaître ses enfants, son mari, persiste dans son attente ; un apatride de 20 ans refuse de mourir et l’écrit à Pétain ; il est un des seuls qui survivra, dont la chaise ne sera pas, sur scène, renversée, dont le visage ne se couvrira pas d’un voile, parce qu’il s’est caché dans les poubelles et s’est échappé obstinément, à chaque arrestation ; une jeune fille aussi, juive française, survivra, après avoir échappé à la rafle du Vel’d’Hiv qui emporte ses parents, puis après sa déportation en juillet 44 dans le convoi 77, dernier grand convoi (1321 passagers) parti de France vers Auschwitz.

Ces histoires, rendues profondément humaines et touchantes par la fragilité et la terreur diffuse des acteurs qui les incarnent, contrastent avec les réponses froides qu’on leur envoie, abritées derrière les lois scélérates du code juif. On les entend également, égrenant les professions et activités interdites, le port de l’étoile jaune, les spoliations à l’œuvre, les sanctions encourues. 

Jusqu’à la déchéance de nationalité et au couvre-feu, qui n’ont pas disparu du paysage législatif français actuel. 

AGNÈS FRESCHEL

Les Suppliques a été joué les 12 et 13 mars au Zef, Scène nationale de Marseille

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