Au fond, un écran, suspendu au centre, une sorte de tutu-nuage et à l’avant-scène, une ligne d’objets transparents, verre, carafe, vase… C’est Panaches de Pau Simon. En pleine lumière, elle va parcourir la ligne, en faisant circuler l’eau qu’elle a bue dans un verre dans divers contenants, seringue, verseur à bec, poche médicale, évoquant avec un humour pince sans rire pénis, sein, ventre… L’espace devient ensuite espace de projection, obscur, profond et mouvant, accompagné d’une musique semblant traverser des espaces organiques et liquides. Le costume est décroché, elle danse avec, puis dedans, en produisant des sons avec de l’eau dans la gorge et de l’hélium dans la voix. Puis, assise à l’avant-scène, elle témoigne au micro, parmi d’autres choses, de ses envies permanentes de transitionner, par exemple en limace des mers, mais qu’avant tout, « l’important c’est le ride ». Une façon élégante, amusée, curieuse, gourmande, de considérer son propre corps comme un point de départ pour de vastes explorations biologiques et spatiales.
Grands nombres
Au début de MOTOR UNIT, Sati Veruynes est assise dans un coin à l’avant de la scène, laisse s’installer le public, puis commence un décompte à rebours, unité par unité, à partir de « nine hundred ninety nine thousand nine hundred ninety nine ». Un compte à rebours qu’elle n’arrêtera jamais, même si, à certains moments, ça devient d’évidence difficile de continuer à danser, tout en ne perdant pas le fil de ce décompte. Un décompte qu’elle semble parfois contrôler, qui semble la plupart du temps la posséder, auquel elle consent à s’abandonner à certains moments, et à d’autres qu’elle semble vouloir expulser, en vain. Difficultés dont elle ne cache rien, qu’elle laisse advenir, qu’elle surmonte dans différents états de lassitude, épuisement, rage…
En parcourant d’abord le plateau, aérienne ou écroulée au sol, chancelante, se relevant et rechutant, rampant, jusqu’à investir les gradins du public, grognant, hurlant, à pleins poumons ou à bout de souffle, murmurant en quittant la salle.
Après un intermède de quelques minutes, pendant lequel la lumière changeante des projecteurs module le temps et l’espace vide du plateau, Sati Veruynes réapparait de là où elle était sortie pour un solo tout aussi intense. Elle semble là possédée par un chaos à l’intérieur de son corps, des soulèvements, des emballements, des relâchements, qui la font parfois éructer des sons sauvages. Des ruptures de rythmes abruptes, des contorsions violentes, des chutes soudaines, des moulinets de bras à toute vitesse. À travers lesquels elle semble vouloir expulser là-aussi, en vain, jusqu’à l’épuisement, quelque chose de son corps.
MARC VOIRY
Panaches de Pau Simon était présenté le 18 mars et MOTOR UNIT de Sati Veruynes les 20 et 21mars à Klap - Maison pour la danse, Marseille.
Retrouvez nos articles On y était ici






