Bruits n’est pas un roman. Il s’agit plus d’une expérience littéraire qui se développe dans un ouvrage structuré en 24 heures, 1 440 minutes. Chaque saut de ligne correspond à une minute supplémentaire, un fragment de vie.Située dans une ville imaginaire, l’action progresse en fonction des bruits, des sons, des voix, des silences. Le texte débute à [06:00] et se termine à [05:59].
Tout commence par la fugue de F, une petite fille en manteau rouge. Nous la suivons en train de courir. Elle fuit, on ne sait trop ni qui ni quoi, un lieu dont on ne sait pas non plus s’il s’agit d’un squat ou d’un appartement de cité… Autour d’elle les voix des adultes, des claquements de porte, une descente de police, mais aucune trace de parents. Tandis qu’elle court pour trouver un abri, elle, mais aussi la ville et ses bruits autour d’elle, se transforme. On croise un flic, des éboueurs, une chatte, une femme dans le coma sur fond, de ronflement de frigos, de sirènes, une ville saturée de sons.
Collecte sonore
Anne Savelli a mis plusieurs années à collecter le plus d’éléments sonores possibles, puisés auprès de musiciens, d’ouvriers de chantiers, dans différentes villes, de différentes tailles. Ils donnent corps à la forme littéraire qui saisit à la fois le mouvement, le temps et l’environnement, l’écriture, le son et l’image, ce qui bruisse, ce qui gronde, ce qui grince. Elle aime faire remarquer à quel point la langue française est pauvre en mots pour décrire les sons quand elle est si riche pour décrire le visuel. Ses pas l’ont régulièrement mené à Marseille où La Marelle l’a accueilli deux fois en résidence de création dont une pour ce projet de janvier à juin 2021.
Plus qu’une simple lecture, c’est aussi une expérience d’écoute qu’Anne Savelli nous propose. À travers les minutes qui s’égrènent, on réalise à quel point nous subissons les bruits, nous nous laissons envahir, traverser par eux, sans jamais y prêter attention – sauf quand ils nous agressent –, sans vraiment les écouter, les analyser, les interroger.
Tout au long du processus de création de cette littérature acoustique, Savelli a composé, comme une suite de mouvements, une série de podcast « lire le bruit », que l’on peut écouter sur son site (annesavelli.fr) « Le bruit, dit-elle, c’est ce qui reste quand tout le reste s’effondre. » Une phrase qui résonne lors des drames, des incendies, des attentats mais peut-être aussi lors de nos effondrements personnels, quand seul résonne encore à l’intérieur de nous, le souffle d’un cœur, d’une respiration ou le silence infini de la solitude.
Savelli est aussi membre d’un collectif d’auteurs et créateurs sonores et vidéo l’aiRnU (Littérature Radio Numérique) pour lesquels la littérature est partout et ne peut être réduite à l’actualité littéraire ni aux morceaux choisis des anthologies.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Bruits, Anne Savelli
Actes Sud - 23,50 €
Parution le 7 janvier






