L’origine d’Aliçe et les drôles d’oiseaux se trouve du côté des jardins du Musée international de la parfumerie de Grasse à Mouans-Sartoux. C’est là que l’artiste Bernard Briançon a installé pour la première fois en 2023, en plein air, sous le titre Aliçe, ses sculptures inspirées par sa lecture du fameux roman de Lewis Carroll, tout en créant un parfum, en complicité avec le nez Corinne Marie-Toselo, le Mirlando (pays des merveilles en esperanto). Des œuvres qui se retrouvent aujourd’hui en compagnie de « drôles d’oiseaux » au musée installé au Palais Longchamp, pour lequel il s’agit de mettre en jeu quelques éléments et thématiques de ses collections sous le prisme de l’univers d’Alice au pays des merveilles, revisité par l’artiste. Car si Bernard Briançon a muni Aliçe d’une cédille, comme dans Briançon, c’est pour signifier que cette Aliçe là est à sa façon.
Boîtes
On est accueilli par des notes de piano en fond sonore, une farandole de cartes à jouer qui parcourent les cimaises et les socles noirs de l’exposition, dont de nombreuses sont glissées parmi les compositions d’objets présentées dans les vitrines, ou dans de petites installations où sont scénographiés des spécimens naturalisés du Muséum. Un espace d’exposition qui peut évoquer à la fois un salon de thé, un cabinet de curiosité ou une boite noire de magicien, de laquelle, comme on le sait, sort souvent un lapin blanc.
D’ailleurs, tout comme les cartes, les boîtes sont l’un des éléments récurrents des œuvres de l’artiste qui explique sur l’un des nombreux cartels de l’exposition : « J’aime l’idée que le socle de la sculpture soit aussi sa caisse de transport (…) Tandis qu’elle protège l’œuvre, la boîte devient son ombre, sa silhouette, son avatar jusqu’à devenir œuvre elle-même ».
On trouve aussi de nombreux plateaux d’échiquier, des tasses et des théières, et l’emploi du cuir de ballons décousus et façonnés en différentes figures évoquant une tête de lapin, une tortue, une silhouette humaine, des plantes…
Points d’appui
La première partie du parcours se déroule autour du parfum créé par l’artiste, dont on peut sentir les différents composants jusqu’à l’assemblage final. Tout autour sont présentées des planches d’herboristerie, et des sculptures de champignons du « myco-artiste » Jacques Frier. Plus loin, on nous montre et on nous parle dans différentes scénographies et vitrines infiltrées par les propositions de l’artiste du dodo, du loir, du flamand rose, du lori, du hérisson, des oiseaux de basse-cour, des tortues, des corvidés…
On parle aussi de domestication des animaux, des animaux liminaires, des chimères, ou, s’appuyant sur les nombreux jeux de mots de Lewis Carroll dans son roman, sur les façons de nommer tout ce vivant foisonnant, qui, sous ses allures scientifiques n’est pas sans ambiguïté, confusions, etc… Le parcours se termine par une série de vitrines présentant les nombreux assemblages de l’artiste, associant objets, sculptures, textes, dessins, jouant avec les références à Alice au pays des merveilles.
Une exposition à la fois ludique et réflexive, une sorte de théâtre d’images qui, en croisant l’approche narrative de Lewis Carroll, les propositions de Bernard Briançon et les pièces d’histoire naturelle invite le visiteur à s’interroger sur le passage du temps, la nature rêvée et la façon dont le réel et l’absurde parfois s’entremêlent.
MARC VOIRY
Aliçe et les drôles d’oiseaux
Jusqu’au 8 mars
Muséum d’histoire naturelle de Marseille
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