C’est au 90 boulevard des Dames, dans un immeuble art déco chargé d’histoire, que Benoît Payan a choisi de dévoiler les trois premiers lauréats de l’initiative. Ce bâtiment du 2e arrondissement abrita jadis le siège de la Compagnie de navigation Paquet -pionnière de la liaison maritime Marseille-Maroc- puis celui des Chargeurs réunis, avant de devenir propriété de la Ville en 1972. Depuis 2021, il accueille des tournages de courts-métrages et de séries. Demain, il deviendra un « lieu totem » dédié à la filière cinéma.
Le projet, baptisé « Les Dames », est porté par Adim Provence, filiale de Vinci Construction, et le Collectif Marseille Devant ! Il associe espaces de production et de post-production, salles de formation, lieux de rencontre, salle de projection et restaurant en rooftop ouvert au grand public. L’architecte associé Emmanuel Dujardin, du cabinet Rougerie + Tangram, en a détaillé la vision : « Le bâtiment, art déco 1938, est très caractéristique : verticalité affirmée, bas-reliefs, colonnes cannelées qui rappellent l’Afrique et le Maroc. Notre idée est de renforcer tout ça, de redonner à ce bâtiment un très fort caractère patrimonial. » L’entrée principale débouchera sur un hall dédié au cinéma, avec métal et ferronnerie ; un café s’ouvrira sur la rue. Au sous-sol, un jardin prendra place en cœur d’îlot, et un rooftop végétalisé couronnera l’ensemble, conçu comme une « bulle de fraîcheur en cœur de ville ».
Pour le maire de Marseille, ce projet incarne une politique plus large. « On ne donne pas un bâtiment, avec cette architecture et cette histoires remarquables pour faire simplement de la valorisation. On veut donner du sens, renouveler les objectifs du lieu, sans dénaturer la nature de ces pépites patrimoniales. » Une cession conditionnelle du bâtiment sera soumise au vote du Conseil municipal.
La Pointe et le Tore
Deux autres lauréats ont également été désignés. Au 62 corniche Kennedy (7e), en surplomb du Vallon des Auffes, le projet « La Pointe » mise sur un espace de restauration sous forme de halle méditerranéenne, des résidences d’artistes et une programmation culturelle accessible à tous.
Plus au nord, le Pavillon du Partage des eaux accueillera le collectif Objectif Tore et son projet « Les Gardiens de la mémoire et de l’eau ». Le Tore (4e), reconnaissable à sa verrière octogonale construite entre 1898 et 1901, faisait alors partie de l’ensemble hydraulique qui alimentait en eau douce les nouveaux quartiers ayant émergé au Nord du Centre-ville. Il deviendra un un lieu hybride mêlant culture, art et enjeux citoyens autour de la ressource hydrique, géré selon une démarche participative. Pour ce dernier lieu la Ville opte pour un bail de longue durée plutôt qu’une cession.
ANNE-MARIE THOMAZEAU






