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Mascarade au carré

Un Bal Masqué très enlevé conclut avec fougue la saison de l’Opéra de Marseille

Peu d’opéras verdiens se prêtent autant qu’Un Bal Masqué à la définition du genre par George Bernard Shaw, soit « une histoire où un baryton empêche un ténor de coucher avec une soprano ». L’amour contrarié entre Gustavo III, roi de Suède, et Amelia, épouse du comte Anckarström, n’est en effet ni des plus vraisemblables, ni des plus convaincants. Mais ses interprètes savent mettre du cœur à l’ouvrage dans une mise en scène de Waut Koeken célébrant la théâtralité sous toutes ses formes ; en convoquant le théâtre San Carlo de Naples, pour lequel fut écrit l’opéra, dans chaque élément de décor et chaque et costume, tous luxuriants et romantiquissimes, signés Luis F. Carvalho ; et en donnant à voir sur scène un théâtre de sa maquette à sa décomposition, à l’image de celui conçu par Gustav III qui devint, ironie du sort, le lieu de son assassinat. 

Léger et tragique 

Ténor lirico spinto par excellence, Enea Scala s’empare de ce rôle de jeune premier avec force fougue et aigus d’acier ; plus discrète scéniquement mais vocalement irréprochable, l’Amelia de Chiara Isotton terrasse à plusieurs reprises l’auditoire, notamment lors de son célèbre air « Morró, ma prima in grazia », la montrant suppliant son époux de la laisser faire ses adieux à leur enfant avant de se voir assassinée. S’imposer face à ce couple maudit n’est pas chose aisée, mais l’Anckarström de Gezim Myshketa n’est pas dépourvu de moyens. Un beau trio, donc, pour porter cette coproduction déjà donnée à Nancy, Nantes, Rennes et au Luxembourg. 

En fosse, l’orchestre si féru de Verdi fait sonner, sous la direction de Paolo Arrivabeni,ses accents tragiques mais aussi son fugato et ses envolées aux vents évoquant un registre plus léger. L’Oscar de la jeune et talentueuse Sheva Tehoval emmène notamment, dans son costume bien vu de fou du roi, l’œuvre vers des sonorités proches de l’opérette. Tandis que les seconds rôles se nimbent d’un tragique shakespearien, dont les comtes Ribbing et Horn plus que solides de Maurel Endong et Thomas Dear, et que les chœurs s’emparent sans difficulté d’une partition conséquente. 

SUZANNE CANESSA

Un Ballo in maschera a été donné les 4, 7, 9 et 11 juin à l’Opéra de Marseille.
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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