Les sondages pour les élections municipales font apparaître une progression nette des intentions de vote pour le Rassemblement national. Partout dans la région il menace de remporter des villes, de gauche, de droite, petites et grandes, pauvres ou riches. Et si le gouvernement Lecornu II est censuré sous peu, les élections législatives pourraient avoir lieu en même temps que les municipales, délocaliser les enjeux et offrir le pays tout entier au parti d’extrême droite, aujourd’hui ou dans un an.
Comment est-ce possible ? Comment le pays qui a inventé les droits de l’Homme et qui garde un PIB florissant, une puissance militaire toujours dissuasive et un p·matrimoine culturel sans égal peut-il à ce point sombrer dans la démence sénile et livrer son âme aux forces obscures ?
Bon. Vous trouvez la formule un peu forte ? Précisons.
Les remparts s’effondrent
Le rassemblement national est héritier du nazisme, il a été fondé par un homme qui a pratiqué la torture en Algérie, raillé la Shoah et a été de multiples fois condamné.
Mais visiblement, au vu des sondages, cette histoire ne constitue plus un rempart contre le RN. La fille Le Pen est à ce jour inéligible pour avoir détourné des fonds européens, le lisse Bardella botte en touche quand on rappelle ses relations avec le GUD dissous pour ses actions violentes… mais le vote Rassemblement national monte, inexorable, en dépit de la violence raciste, homophobe et sexiste de l’extrême droite qui perdurent. Comme si le peuple qui a inventé la laïcité pouvait être défendu depuis ses « racines chrétiennes » et exclure l’étranger et le différent, le « rouquin » disait Le Pen père. Comme si la « préférence nationale » n’était pas si contraire, finalement, à l’esprit de notre nation.
Cet appauvrissement politique qui permet, comme on se lâche, de voter RN, s’explique aussi par l’abstention : 80 % des plus de 70 ans votent, alors que les 18-25 ans, désormais inscrits automatiquement sur les listes électorales, sont presque la moitié à s’abstenir, y compris aux premiers tours de scrutins très ouverts. Une forte abstention des jeunes qui explique aussi mathématiquement le vote RN : les jeunes, lorsqu’ils votent, choisissent majoritairement la gauche, mais ils se sentent de moins en moins concernés par une démocratie représentative qui les représente peu.
Le présent s’oblitère
Peut-on le leur reprocher ? Comment avoir confiance dans une démocratie qui laisse si peu d’avenir, de présent, à ses jeunes gens ? Il est devenu impossible à un étudiant, à un stagiaire, un apprenti, un salarié en CDD, de se loger hors d’une colocation. Vivre avec un Smic sans aide parentale ou sociale n’est plus tenable tant les coûts de l’énergie, des transports, du logement, de la nourriture se sont envolés. Et décrocher un CDI semble à la plupart un horizon inatteignable.
Cet appauvrissement ne touche pas que les plus jeunes et ne se réduit pas à l’envolée des prix et au gel des indices. Alors que les fortunes françaises atteignent des sommets exponentiels les Français souffrent d’un manque croissant d’accès aux soins, à l’éducation, au logement, au départ en vacances, à la retraite. Les conquêtes sociales de l’après-guerre sont une à une remises en cause et l’angoisse concrète s’empare d’un peuple dont une part croissante ne mange pas à sa faim (6 % des Français) ou renonce à se chauffer correctement l’hiver (15 % des français). Est-ce leur nouvelle désespérance qui explique, en France, la montée du vote RN ?
Les extrêmes ne se rejoignent pas
Les ouvriers et les employés votent désormais majoritairement RN, ou LFI. Mais leur état d’esprit les différencie très nettement : les électeurs du RN se disent majoritairement insatisfaits ou très insatisfaits de leur vie, alors qu’ils sont moins de 17 % à LFI.
À ce peuple Français désespéré qui vote désormais RN, il faut rappeler que les représentants qu’ils élisent détruisent régulièrement leurs droits acquis, soutiennent la réforme des retraites, s’opposent à la taxation des hauts revenus, et au financement de la vie associative, des services publics de santé et d’éducation, aux allocations handicaps et au régime de l’intermittence, tout en méprisant le changement climatique. Ce sont eux qui, de concert avec la droite et la macronie, détruisent la possibilité des jours heureux…
La désespérance dans laquelle ils sombrent et nous précipitent n’est pas une fatalité : la France est un pays riche, qui peut prendre soin de tous ses enfants, anciens et nouveaux, quels que soient leur origine, leur genre, leur religion et leur degrés de validité.
Agnès Freschel
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