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Préludes napolitains

À Archipel 49, Eugenio Palumbo a offert une soirée extraordinaire avec l'intégrale des préludes de Calace pour mandoline, une première à Marseille

Par leur complexité, leur expressivité et leur technicité, les dix préludes de Raffaele Calace sont souvent comparés aux 24 caprices de Paganini pour violon. Cette œuvre colossale n’avait jamais été jouée à Marseille dans sa totalité. Né à Naples en 1863, le compositeur, avec près de 200 créations à son actif, est la figure la plus marquante de l’histoire de la mandoline. Il a transformé l’instrument, jusqu’alors cantonné à un rôle d’accompagnement, en un bijou de virtuosité soliste.

Avant les préludes, Palumbo a partagé la scène avec Vincent Beer-Demander, concertiste international, professeur au Conservatoire Pierre Barbizet et créateur de l’Académie de Mandoline de Marseille. Leur duo – deux mandolines dans un andante puis un allegretto grazioso – a révélé une belle complicité, les deux instruments jouant, dialoguant jusqu’au final jubilatoire.

Puis Palumbo s’élance seul dans les préludes. Le premier, d’une couleur romantique qui évoque Brahms, est interprété les yeux fermés, totalement habité. Le jeune soliste confie que c’est un prélude qu’il écoutait avec son père. Le second est plus fantastique, avec des accents verdiens, plus sombre, et s’achève par une ritournelle lumineuse comme un happy end après des heures obscures. Le troisième affiche densité et folie. Le cinquième abandonne la mélodie pour un discours plus intellectuel, avec des nuances extraordinaires. Le dixième en sol mineur a la stature d’un orchestre entier, intense et beethovenien. Le onzième est très court ; le douzième, en si bémol majeur, possède un côté mozartien. Le quinzième en sol mineur donne l’illusion d’un duo – mais c’est toujours un seul musicien. Et le dernier, dit Grand Prélude, couronne tout : une montée chromatique ahurissante qui débouche sur un moment d’allégresse intense, d’une élégance absolue.

Le programme se poursuit avec la Mazurka Op. 141, cette fois pour mandoline et mandole. Palumbo dans les aigus et VBD dans les graves, léger, dansant, virevoltant, excellent dans ce changement d’ambiance.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s'est déroulé le 31 janvier à Archipel 49, Marseille.

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