mercredi 29 mai 2024
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Propagations gagne de l’expérience 

Du 3 au 12 mai, le GMEM présente la quatrième édition de son festival Propagations. Un rendez-vous qui met notamment en avant le travail effectué à l’année par le Centre national de création musicale marseillais. Entretien avec son président Christian Sebile

Zébuline. Le festival Propagations signe cette année sa quatrième édition. Quelle place ce rendez-vous tient-il dans la saison du GMEM ?

Christian Sebille. Quand je suis arrivé, mon prédécesseur avait un énorme festival, Les Musiques, qui durait trois semaines. Et il représentait l’essentiel de l’activité : tout le travail de recherche, d’accueil de résidence, était tourné vers lui. Aujourd’hui, on a un lieu que l’on fait vivre toute l’année, donc on est obligés de répartir les moyens. On a créé une saison « Les modulations », qui marche très bien et qui permet une permanence de la création musicale sur Marseille et le département. D’autres moments de rencontres avec le public se fait tout au long de l’année avec des sorties de résidence que l’on appelle les « ExtraMod ». Propagations est devenu un point d’orgue de l’activité que l’on mène toute l’année, et non plus « le » moment essentiel. 

Comment s’intègre ce travail à l’année dans la programmation du festival ? 

Je pense à tous les spectacles qui ne pourraient pas être là si on n’avait pas cette politique de partenariat avec nos amis de la culture. Par exemple Compositions sonores pour cinéma expérimental est un travail que l’on a mené toute l’année autour du séminaire animé par Javier Elipe Gimeno, un éminent compositeur qu’on a la chance d’avoir sur le territoire marseillais qui travaille à Satis [un des partenaires de la plateforme du GMEM, dispositif réunissant le Conservatoire, la Cité de la Musique, l’Esadmm, l’École supérieur d’art d’Aix et l’Amu, ndlr]. On a aussi le Marseille Labo Land de Jean-Marc Montera qui va nous proposer une improvisation musicale sur le film Häxan, la sorcellerie à travers les âges. Il y a comme d’habitude le concert Émergence, avec les étudiants du Conservatoire et de la Cité de la Musique, animé par Pom Bouvier-p. Tous ces partenaires, ces jeunes compositeurs·ices, vont présenter le travail résultant d’ateliers menés toute l’année.

En mon for intérieur/#Mellina © Furio Ganz

Que va-t-on découvrir dans le reste de la programmation ? 

Il y aura à La Criée Alan T., un très beau projet de Pierre Jodlowski sur Alan Turing, ce mathématicien qui a trouvé comment décoder les messages de l’armée allemande et qui a permis indirectement la réussite du débarquement. Un homme très important, mais étant homosexuel, on a très peu parlé de lui… Puis Ornithologie de la compositrice américaine d’origine chinoise Julie Zhu que l’on accueille depuis 5 ans. Ce projet est tenu à bout de bras par Liao Lin-Ni, qui en tient la direction artistique, et qui travaille avec le sheng (orgue à bouche chinois), qui sera joué par son maître mondial Wu Wei sur la scène du Module au GMEM. On va voir aussi Memento, de Jérôme Combier, où trois orchestres finissent par se retrouver pour proposer une très belle pièce finale. On présente ensuite avec nos amis de Klap deux projets : Forêt, de Franck Vigroux, avec de nombreux développements technologiques, visuels et musicaux. Et le très fin, subtil et beau En mon for intérieur de Alvise Sinivia qui présente un projet avec la danseuse Mellina Boubetra : elle danse avec une bande magnétique sur laquelle est enregistrée sa voix en direct par un magnétophone analogique. Puis on a une soirée co-produite avec la scène nationale du Zef accueillant deux propositions : Les Métamorphoses de Bastien David, et son grand métallophone circulaire, puis Noorg, le duo de Loïc Guénin et Éric Brochard qui vont nous faire un solo électronique entouré de 18 hauts-parleurs. On terminera avec Primaria de Claire Bergerault, Silvia Tarozzi et Deborah Walker à l’Opéra de Marseille, avant une fin en apothéose avec Song and Voices, une création de Franserca Verunelli pour l’Ensemble C Barré.

Outre le festival, quelles sont les ambitions du GMEM pour les prochaines années ? 

Même si j’ai hérité d’une bonne structure, en bonne santé, avec une belle équipe… en douze ans de travail on a changé de dimension – en partie grâce à la fusion avec le GRIM. Mais vous savez que la situation économique est mauvaise, donc on est plus dans une recherche de stabilité que dans un déploiement. On essaye de travailler avec des fondations privés, de se développer à l’international… mais si on se développe dans une direction on est obligé d’en limiter une autre : on est confronté à une recherche d’équilibre. 

Le festival de musique expérimental Sonic Protest a annoncé que 2024 serait sa dernière édition. Comment avez-vous réagi à cette annonce ? 

C’est triste parce que tout un pan de la musique expérimentale avait une vraie plateforme de visibilité qui disparaît. Le deuxième constat que je fais c’est que toutes ces expériences dont on parle souvent, comme les fameux tiers-lieux que l’on voit fleurir partout – et aussi défleurir –, si elles ne sont pas confortées, stabilisées, elles ont du mal à survivre. Si à un moment il n’y a pas d’institutionnalisation, de moyens financiers donnés à ces expériences formidables, elles finissent par disparaître, car elles tiennent sur l’énergie de deux, trois, ou quatre personnes. 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR NICOLAS SANTUCCI

Au programme
Fixin : installation sonore de Sylvain Darrifourcq
3 au 12 mai, Friche la Belle de Mai (Studio)
Autonomics : installation sonore de Kinda Hassan
3 au 12 mai, Friche la Belle de Mai (GMEM, Studio pédagogique)
Compositions sonores pour cinéma expérimental, de Javier Elipe Gimeno
3 mai, Friche la Belle de Mai (le Module)
Häxan, la sorcellerie à travers les âges, par Marseille Labo Band
4 mai, Friche la Belle de Mai (IMMS)
Modulisme, l’oreille s’électrise..., Carte blanche à Philippe Petit
4 mai, Friche la Belle de Mai (sous le Module)
Émergence, Conservatoire Pierre Barbizet & Cité de la Musique
5 mai, Le Couvent
Totems électroacoustiques, de Marco Stroppa
6 mai, Friche la Belle de Mai (Petit plateau)
Alan T., de Pierre Jodlowski
7 mai, La Criée 
REACHing OUT !, Joëlle Léandre & The Who/Men 
8 mai, Friche la Belle de Mai (Petit plateau)
Ornithologie, de Wu Wei, Julie Zhu, André Serre-Milan et Alexis Baskind
9 mai, Friche la Belle de Mai (le Module)
Memento, Jérôme Combier
9 mai, Friche la Belle de Mai (Grand plateau)
En mon for intérieur, de Alvise Sinivia
10 mai, Klap Maison pour la danse (Grand studio)
Forêt, de Franck Vigroux
10 mai, Klap Maison pour la danse (Salle de création)
Primaria, de Claire Bergerault, Silvia Tarozzi et Deborah Walker
12 mai, Opéra de Marseille (Foyer Ernest Reyer)
Song and voices, de Francesca Verunelli, Ensemble C Barré et Neue Vocalsolisten
12 mai, Friche la Belle de Mai (Grand plateau)
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