mercredi 14 janvier 2026
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AccueilÀ la UnePuissance de l’inhumanité

Puissance de l’inhumanité

Héloïse Jocqueviel présentait à Klap deux solos d’une grande force sensible

Sven, interprété par Awa Joannais et Un-Blest, qu’Héloïse Jocqueviel danse dans la foulée, semblent se répondre, dans une exploration parallèle de la métamorphose comme faculté d’empouvoirement de l’être et du récit. 

Cygne à nu

Les spots jettent une lumière tamisée sur le plateau nu. Awa Joannais apparaît lentement au fond de la salle, et s’avance vers le public. Sa démarche est étrange, ses mouvements pourtant saccadés se déploient comme au ralenti et l’enveloppent d’une aura non-humaine, hybride, incertaine.

Le solo chorégraphie par Héloïse Jocqueviel sur une réécriture du Chant du Cygne de Schubert par Ulysse Zangs habille sa danseuse d’une présence bouleversante, et donne un souffle nouveau, queer, puissant au mythe chorégraphique du cygne blanc. La réécriture musicale de Zangs transforme le plateau qui se change en foret, en désert lunaire, en fond abyssal. Awa Joannais porte comme seul costume de faux ongles blancs bombés comme des serres. Comme pour un animal jaugé à travers une vitre par un spectateur intimidé, elle incite le public à une contemplation renversée, mutuelle. Le personnage repart comme il est apparu, laissant sur le plateau du Klap, le souvenir d’une hallucination collective, d’un cygne camp et profondément moderne. 

Infortuné·e

Un·Blest suit. Un bref changement de décor a permis l’apparition d’un large cocon fendu sur le plateau, devant lequel Héloïse Jocqueviel s’étend, immobile. Ce deuxième solo déploie une narration cyclique étrange, faite de répétitions altérées, d’accélération et de ralentis dans une constante évolution.

Un personnage hybride tourne autour du cocon, s’en éloigne et s’y réfugie, ses mouvements empreints de paresse ou d’angoisse semblant dictés par la musique (Inès Chérifi et Ulysse Zangs) et la transformation régulière des lumières du plateau. Son costume de voile en lambeau qu’elle anime de tout petits mouvements, flotte très prés de son corps, comme un plumage. Il est question de résilience, d’adaptation, à la fois dans l’expérience et les transformations des gestes de la danseuse, mais aussi de l’adaptation du spectateur à la métamorphose constante du procédé narratif. 

Entre réminiscences et réécritures, Sven et Un·Blest explorent les expériences sensibles et solitaires de personnages en marge de l’humanité, et invitent à la contemplation de nos propres capacités transformatrices. 

Nemo Turbant

Sven et Un·Blest ont été dansés à Klap – Maison pour la danse le 9 janvier.

Retrouvez nos articles Scènes ici

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