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Quand le mensonge sonne juste

Dans Celui qui s’en alla, Lisa Guez donne à voir un manipulateur mythomane dans une mise en scène épurée et surréaliste

Avec ses pièces, Lisa Guez explore les phénomènes d’emprises. C’est ce que l’on a de nouveau pu constater au Théâtre Joliette ces 12 et 13 janvier avec Celui qui s’en alla, qui s’intéresse à la figure du manipulateur. Alexandre (Arthur Guillot) ne ressent pas la peur. Il ne ressent rien d’ailleurs, alors il joue avec ce que ressentent les autres, avec leur vie toute entière même. Interné dans un hôpital psychiatrique, il rencontre Maria (Nelly Latour), une jeune patiente qui, suite à un accident, est incapable de distinguer ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Il s’engouffre dans cette brèche. Alexandre est un mythomane, un manipulateur incapable de ressentir quoique ce soit. Il affabule en permanence, si bien que tous ceux qu’il rencontre se retrouvent comme Maria, incapables de savoir s’il dit vrai ou non. La mise en scène épurée et surréaliste épouse avec subtilité les formes de ses affabulations, concrétisant sur scène certains de ses récits.

Le faux gourou
Les cinq personnages secondaires sont autant de nuances de relation d’emprise qui peuvent exister avec un tel manipulateur. Si chacun d’entre eux est tout à fait singulier, une différence est visible entre l’écriture des personnages masculins et féminins. Les hommes, assez caricaturaux, veulent qu’il donne un sens à leur vie, ils cherchent en lui un gourou. Au contraire, les femmes se débattent davantage dans ses filets, elles voudraient développer de vraies relations humaines avec lui.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il est très peu question d’argent, de statut social, de sexe. Alexandre ne tire aucun bénéfice concret de ses manipulations. Il détruit pour le plaisir, pour tester les limites, sans que jamais rien ne l’affecte. Ou presque, car il semble par moment souffrir de cette différence. Mais peut-on le croire ? Alors on comprend sa mère qui veut l’aider, son ex-petite amie qui veut croire en lui. Le spectateur aussi est pris au piège de ce bijou de théâtre contemporain.

CHLOÉ MACAIRE

Celui qui s’en alla a été donné les 12 et 13 janvier au Théâtre Joliette, Marseille.
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