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	<title>Archives des Ghada Amer - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Ghada Amer - Journal Zebuline</title>
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		<title>Briser le passé, sculpter l’avenir  </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Santucci]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jun 2025 09:48:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Danièle Marcovic]]></category>
		<category><![CDATA[Ghada Amer]]></category>
		<category><![CDATA[Magdalena Abakanowicz]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Villa Datris est un lieu qui détonne. À L’Isle-sur-la-Sorgue, au cœur d’un territoire où le Rassemblement national fait des scores historiquement hauts, où l’on n’a plus peur d’accrocher à ses fenêtres des drapeaux célébrant Marine Le Pen ou Jordan Bardella, elle offre chaque année des expositions à rebours du mauvais vent ambiant. L’an dernier, [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La Villa Datris est un lieu qui détonne. À L’Isle-sur-la-Sorgue, au cœur d’un territoire où le Rassemblement national fait des scores historiquement hauts, où l’on n’a plus peur d’accrocher à ses fenêtres des drapeaux célébrant Marine Le Pen ou Jordan Bardella, elle offre chaque année des expositions à rebours du mauvais vent ambiant. L’an dernier, elle présentait&nbsp;<em>Faire corps</em>, une étude artistique sur le corps, souvent féminin, et ses représentations. Cette année on y découvre&nbsp;<em>Engagées</em>, qui met en lumière le travail de 64 artistes femmes du monde entier, dans des sculptures aux discours politique, militant et rebelle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une volonté que&nbsp;<strong>Danièle Marcovici</strong>, fondatrice de la Villa et curatrice de l’exposition, affiche dès les premières lignes de son édito&nbsp;: «&nbsp;<em>Longtemps ignorées et privées de reconnaissance, les femmes artistes ont été dominées par des sociétés patriarcales et éclipsées de l’histoire de l’art</em>&nbsp;». Si le constat est connu et n’a rien de révolutionnaire, la Villa joint la parole aux actes, et met en symphonie une centaine d’œuvres qui interrogent, avec joie ou colère, les démons d’une société patriarcale et capitaliste.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Femmes objets et femmes au foyer</mark></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L’exposition débute en extérieur, avec une série d’œuvres qui pourrait facilement passer inaperçue. Car si l’œil est d’abord attiré vers un immense et magnifique escarpin construit en ustensiles de cuisine (casseroles, couvercles…), derrière se cachent les statues plus discrètes de <strong><a href="https://www.celinecleron.com/">Céline Cléron</a></strong>. Ce sont des cariatides, finement sculptées, qui ne portent pas un entablement sur la tête, mais une belle dose de charge mentale : un immense cabas pour les courses, une pile de bouquins, une petite maison de bois. Intitulé <em>Ce qui pèse</em>, l’ambiance est donnée pour le reste de la visite. </p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’intérieur, chaque espace répond à une problématique que pose la société capitalo-patriarcale : et pour tous les accueillir, la Villa n’est heureusement pas un modeste T2… Ainsi les pièces s’intéressent à l’oppression des femmes, de la planète, la représentation du corps féminin… et accueillent les visiteurs avec un « tract » imprimé, où l’on peut lire notamment : Femmes objets, Femmes au foyer, Soumises/Opprimées, Hystériques/Rebelles. </p>



<h3 class="wp-block-heading"><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"><strong>Fil barbelé </strong></mark></h3>



<p class="wp-block-paragraph">À l’image de la scène artistique contemporaine, l’art textile est présent dans de nombreuses œuvres présentées. La scénographie offre d’ailleurs un hommage à l’une des révolutionnaires de cette technique, la Polonaise&nbsp;<strong>Magdalena Abakanowicz</strong>, qui fut la première à sculpter le textile, rompant ainsi la tradition, cassant le passé, après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Son&nbsp;<em>Ange noir</em>, présenté à la Villa, est une immense sculpture de sisal tissé en trois dimensions, qui demande que l’on s’arrête quelques minutes, pour en admirer toutes les circonvolutions, et le travail vertigineux de l’artiste. &nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du fil toujours, avec&nbsp;<strong>Ghada Amer</strong>&nbsp;et son tableau&nbsp;<em>Three Lines for Shirpa</em>. L’artiste égyptienne – dont on a pu admirer le travail au Mucem – vient broder au fil une toile tendue, et y dessine des femmes nues, aux positions suggestives, inspirées de magazines pornographiques ou de tableaux classiques (&nbsp;!). Elle dénonce ainsi le «&nbsp;<em>regard historiquement porté sur les femmes dans l’art et dans la société tout en célébrant la sexualité et le plaisir féminin.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’étage, le fil devient social et politique avec <strong><a href="https://www.suzannehusky.com/">Suzanne Husky</a></strong>. Dans <em>Euro War Rug</em>, elle tisse un immense tapis qui vient conter, telle la <em>Tapisserie de Bayeux</em>, les affrontements entre les forces de l’ordre et les occupants de la Zad du Testet, qui luttaient contre la construction du barrage de Sivens. Les CRS se mêlent aux tractopelles, aux arbres, aux militants arrêtés. Autour, des armes brodées, une référence directe aux artisans afghans qui ajoutaient des motifs d’armes de guerre à leurs tapis pendant l’invasion soviétique de leur pays. </p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">64 artistes engagées </mark></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce qui fait la force de cette exposition, derrière son propos politique, c’est aussi la profusion d’œuvres exposées. Et on dirait volontiers que l’on en a pour&nbsp;son&nbsp;argent si ce n’était pas gratuit.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi on sourit devant les grands panneaux siglés « Annie Warhol » et « Marcelle Duchamp » d’<strong><a href="https://agnesthurnauer.net/">Agnès Thurnauer</a></strong> ; on regarde inquiets les bâtons de dynamite au <em>timer</em> défaillant de <strong><a href="https://www.pilaralbarracin.com/">Pilar Albarracin</a> </strong>; et on est petits devant le travail d’<strong><a href="https://anilarubiku.com/">Anila Rubika</a></strong>, qui est allée à la rencontre des femmes emprisonnées pour s’être défendues de leurs maris tortionnaires. L’entreprise de l’artiste, et la parole qu’elle a donnée à ces femmes, a eu un effet notoire dans son pays, et a permis à plusieurs d’entre elles d’être graciées par le gouvernement albanais. Un bel exemple du pouvoir performatif de l’art dans la société… et de se rappeler que le rôle d’une Villa Datris – comme tant d’autres acteurs culturels – est loin d’être anodin sur un territoire gagné par des forces obscurantistes.  </p>



<p class="wp-block-paragraph">NICOLAS SANTUCCI&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Engagées </em></strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu’au 2 novembre<br></mark>Villa Datris, L’Isle-sur-la-Sorgue </pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouves nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/arts-visuels/">Arts Visuels ici</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Le corps au féminin sort du cadre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie Godfrin-Guidicelli]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Apr 2023 10:08:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Alexandra Arnaud Bestieu]]></category>
		<category><![CDATA[Art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Bouches-du-Rhône]]></category>
		<category><![CDATA[Catherine Soria]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Implanté au cœur de la ville, Le Polaris centre d’art a été inauguré en juin 2022, délaissant ses «&#160;vieux habits&#160;» au charme ancien (petites salles en pierres voutées) pour un bâtiment ultra moderne. Un white cube propice aux installations et aux expositions de grands formats comme actuellement le face à face entre Orlan et Pilar [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Implanté au cœur de la ville, Le Polaris centre d’art a été inauguré en juin 2022, délaissant ses «&nbsp;vieux habits&nbsp;» au charme ancien (petites salles en pierres voutées) pour un bâtiment ultra moderne. Un <em>white cube</em> propice aux installations et aux expositions de grands formats comme actuellement le face à face entre<strong> Orlan</strong> et <strong>Pilar Albarracín</strong>. Le seul hic reste l’absence de signalétique qui nous fait errer un long moment à la recherche de ses immenses façades en verre coincées entre deux enseignes commerciales du Forum des Carmes…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une exposition, deux volets</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Évoquer les femmes rebelles, inventives, aventureuses, décomplexées, libres, qui font exploser les codes sociétaux en vigueur en abordant la mort, la sexualité, le désir, la vieillesse, la virilité, nécessitait bien deux expositions&nbsp;! La première est une conversation haute en couleur entre l’artiste française Orlan et la sévillane Pilar Albarracín qui luttent contre l’invisibilité des femmes dans la société, et notamment dans l’art. Orlan jette aux orties les modèles normés, imposés en manipulant son corps par un travail charnel, le modifiant et l’hybridant constamment&nbsp;; Pilar Albarracín traque les contradictions des traditions cultuelles et religieuses espagnoles dans des mises en scène individuelles ou collectives. Et use de métaphores autour du corps et de la tauromachie pour dénoncer «&nbsp;une pensée patriarcale fondée sur la domination, la violence et la mort&nbsp;». Photographies, objets et films témoignent, par-delà leurs différences formelles, de leur engagement commun. Le second volet réunira 22 artistes internationales, de <strong>Ghada Amer</strong> à <strong>Joana Vasconcelos</strong>, de <strong>Alexandra Arnaud Bestieu</strong> à <strong>Jeanne Susplugas</strong>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2023/04/Le-Polaris-centre-dart-a-ete-inaugure-en-juillet-2022-%C2%A9-Ville-dIstres.jpg?resize=696%2C391&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-118851" width="696" height="391" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2023/04/Le-Polaris-centre-dart-a-ete-inaugure-en-juillet-2022-%C2%A9-Ville-dIstres.jpg?w=700&amp;ssl=1 700w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2023/04/Le-Polaris-centre-dart-a-ete-inaugure-en-juillet-2022-%C2%A9-Ville-dIstres.jpg?resize=300%2C168&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2023/04/Le-Polaris-centre-dart-a-ete-inaugure-en-juillet-2022-%C2%A9-Ville-dIstres.jpg?resize=150%2C84&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2023/04/Le-Polaris-centre-dart-a-ete-inaugure-en-juillet-2022-%C2%A9-Ville-dIstres.jpg?resize=696%2C391&amp;ssl=1 696w" sizes="(max-width: 696px) 100vw, 696px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le Polaris &#8211; centre d’art a été inauguré en juin 2022 © Ville d’Istres</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Entre beauté et liberté</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la commissaire d’exposition <strong>Catherine Soria</strong>, «&nbsp;ces irréductibles font de la beauté une manière d’être et de penser librement la place des femmes dans notre société&nbsp;». Une place hors norme au vu des diktats patriarcaux, et c’est en cela, justement, qu’elles interpellent. Qu’elles interrogent, levées vent de bout contre le machisme, jusque dans les rangs de l’art où elles ont acquis leur notoriété.Dès les années 1960, Orlan reconsidérait le statut du corps féminin dans des happenings mémorables, des vidéos, des photos, s’opposant à toutes formes de suprématie. De domination masculine notamment. Au point de faire de son propre corps une œuvre à part entière, matière à la métamorphose&nbsp;: transformations, excroissances, opérations chirurgicales, mises en scène, travestissements, etc. <strong>Julie Crenn</strong>, critique d’art, souligne sa force, son humour et sa détermination à se jouer de la plasticité de son corps et de son apparence, et ce depuis son <em>Manifeste de l’art charnel</em> en 1975&nbsp;! Près de cinquante ans plus tard, Orlan est toujours une figure iconique de l’art contemporain qui a ouvert la voie aux artistes femmes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">De l’individuel au collectif</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’œuvre protéiforme de Pilar Albarracín, l’exposition a sélectionné une série d’autoportraits photographiques de facture classique. En apparence, seulement, car la main de l’artiste espagnole a fait son œuvre patiemment, redessinant le plastron des robes traditionnelles de flamenco de tracés anatomiques (squelette, intestins) ou poétiques (racines). Le tout sur fond de papier argenté froissé. Des représentations mi-déesses mi-madones qui donnent à voir l’extérieur et l’intérieur du corps féminin… Une autre œuvre singulière, réalisée à Istres, réunit un groupe de femmes couchées au sol, imbriquées les unes dans les autres et revêtues de la robe fétiche. Clin d’œil à une performance réalisée en 2018 au musée Picasso à Paris, intitulée <em>En la piel del otro – dans la peau de l’autre</em> qui évoquait les femmes assassinées en temps de guerre et les féminicides. Une autre image – forte – de la sororité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">MARIE GODFRIN-GUIDICELLI</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Orlan et Pilar Albarracín</em></strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Premier volet jusqu’au 30 avril<br></mark><strong>Exposition collective</strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Du 6 mai au 14 juin<br></mark>Le Polaris centre d’art, Istres<br>04 42 55 17 10</pre>
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		<title>« La seule chose que je pouvais faire c’était dessiner »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc Voiry]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Dec 2022 13:07:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
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		<category><![CDATA[Vieille Charité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Zébuline. Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir artiste&#160;? Ghada Amer. Je n’avais pas envie d’être artiste, en fait. Quand j’étais petite, en Égypte, j’adorais les cours de dessin, on nous mettait dans un coin, avec des crayons et des couleurs, et on faisait ce qu’on voulait. C’était pour les cancres en réalité, ou [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Zébuline. Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir artiste&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ghada Amer.</strong> Je n’avais pas envie d’être artiste, en fait. Quand j’étais petite, en Égypte, j’adorais les cours de dessin, on nous mettait dans un coin, avec des crayons et des couleurs, et on faisait ce qu’on voulait. C’était pour les cancres en réalité, ou quand il y avait la guerre avec Israël, c’était très calmant pour les enfants. Donc à chaque fois que j’étais angoissée, j’aimais toujours dessiner. Mais je ne savais pas que quelque chose comme «&nbsp;artiste&nbsp;» existait. En classe de terminale, à Nice, je suis tombée en très grave dépression, et la seule chose que je pouvais faire c’était dessiner. Mes parents m’ont parlé des Beaux-Arts, et c’est comme ça que j’ai découvert la Villa Arson, l’art, et qu’on pouvait s’amuser toute sa vie&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et le féminisme, c’est arrivé comment&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est arrivé tout seul [<em>rires</em>]. Parce qu’on peint ce qui nous entoure, ce qui nous touche, que ce soit un coucher de soleil, une situation politique. Et comme femme venant d’Égypte en France, j’ai vu que les femmes n’étaient pas traitées de la même manière que les hommes, ni ici, ni là-bas. Dans la famille, on était quatre filles, je n’avais pas de frère. Les gens se moquaient beaucoup de mon père, parce qu’il voulait nous donner une bonne éducation. Ils disaient qu’il perdait son argent en nous mettant dans des écoles françaises, chères. Plus tard, j’ai lu les livres d’histoire de l’art&nbsp;: aucune femme, la moitié de l’humanité absente. C’est quand même bizarre, et inquiétant&nbsp;!&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Beaucoup de vos œuvres sont tramées d’écriture, que ce soit en arabe, anglais ou français. Qu’est-ce que l’écriture représente pour vous&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis née dans la calligraphie, c’est une forme d’art, un truc d’abstraction. J’ai connu tout ce qui est art figuratif bien après avoir connu l’art calligraphique. Donc pour moi, l’écriture c’est l’art. C’est comme les femmes que je dessine&nbsp;: d’un côté c’est dessiné, de l’autre écrit, mais je ne vois pas de différences.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous dîtes, à propos de votre travail le plus récent, les sculptures, que vous présentez à la Vieille Charité, que ça vous a permis de vous débarrasser de vos propos politiques pour passer à autre chose. Vous êtes passée à quoi&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À la joie&nbsp;! J’aime le processus créatif, c’est pour ça que je change beaucoup&nbsp;: il y a l’écriture, après il y a les femmes, les broderies, les jardins, la céramique, les dessins et la vidéo. Un médium après l’autre, j’aime me sentir toujours dans la création. Je veux toujours explorer, être créative, libre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARC VOIRY</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire aussi notre article <em><a href="https://journalzebuline.fr/la-voix-de-la-femme-est-revolution/">La voix de la femme est Révolution</a></em>&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Ghada Amer, Orient-Occident</em></strong>
<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu'au 16 avril
</mark>Mucem, Marseille
04 84 35 13 13 
<a href="http://mucem.org">mucem.org</a></pre>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Ghada Amer, Sculpteure</em></strong>
<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu'au 16 avril
</mark>Vieille Charité, Marseille
04 91 14 58 80 
<a href="http://musees.marseille.fr">musees.marseille.fr</a></pre>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Ghada Amer, Witches and Bitches</em></strong>
<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu'au 26 février
</mark>Frac Paca, Marseille
04 91 91 27 55 
<a href="http://fracpaca.org">fracpaca.org</a></pre>



<pre class="wp-block-verse"><strong>À lire&nbsp;:</strong><br><em>A woman's voice is Revolution</em>, 35 €<br>Catalogue de la rétrospective, Éditions Dilecta (Mucem)</pre>
<p>L’article <a href="https://journalzebuline.fr/la-seule-chose-que-je-pouvais-faire-cetait-dessiner/">« La seule chose que je pouvais faire c’était dessiner »</a> est apparu en premier sur <a href="https://journalzebuline.fr">Journal Zebuline</a>.</p>
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		<title>La voix de la femme est Révolution </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gaëlle Cloarec]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Dec 2022 12:58:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Bouches-du-Rhône]]></category>
		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Frac]]></category>
		<category><![CDATA[Ghada Amer]]></category>
		<category><![CDATA[Marseille]]></category>
		<category><![CDATA[Mucem]]></category>
		<category><![CDATA[Provence]]></category>
		<category><![CDATA[Vieille Charité]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph">Au débouché de la passerelle reliant le bâtiment principal du Mucem au J4 et le fort Saint-Jean, c&rsquo;est une sculpture-jardin qui attire l&rsquo;œil. Des pieds d&rsquo;immortelles, cette plante aux vertus cicatrisantes, entourent une calligraphie de belles dimensions, faite de métal et charbon. «&nbsp;<em>Pour en souligner le côté ardent</em>&nbsp;», explique la conceptrice de l&rsquo;œuvre, <strong>Ghada Amer</strong>. Car l&rsquo;artiste franco-américano-égyptienne s&rsquo;est inspirée de l&rsquo;un des slogans entendus sur la place Tahrir il y a onze ans, lors du Printemps arabe en Égypte. En changeant un seul phonème – <em>sawt al-mar&rsquo; ati thawra</em> au lieu de <em>sawt al-mar&rsquo; ati awra </em>– les féministes subvertissaient un adage attribué au Prophète&nbsp;: «&nbsp;la voix de la femme est source de honte&nbsp;» devenant «&nbsp;la voix de la femme est Révolution&nbsp;». Une stimulante entrée en matière pour la première rétrospective consacrée en France à cette plasticienne née en 1963 au Caire, connue pour être une figure engagée de l&rsquo;art contemporain.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"><strong>Trois parcours marseillais</strong></mark><br>Prévoyez une demi-journée pour découvrir le travail de Ghada Amer : si chacun des lieux accueillant ses œuvres peut parfaitement se visiter seul, le triple parcours permet d&rsquo;en aborder les différentes facettes. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mucem</strong><br>Au Musée des civilisations de l&rsquo;Europe et de la Méditerranée, l&rsquo;accent a été mis par les deux commissaires, Hélia Paukner et Philippe Dagen, sur son attention au dialogue entre les aires culturelles. Un orteil sur chaque continent, même si elle vit et travaille à New York, l&rsquo;artiste «&nbsp;<em>se trouve très occidentale au Caire, et très orientale à Paris</em>&nbsp;». Recouvrant une série de 54 cartons, elle a brodé les passages sur la jouissance féminine d&rsquo;une <em>Encyclopédie du plaisir</em>, anciens traités érotiques compilés à la fin du X<sup>e</sup> siècle, à Bagdad, par le savant Abul Hasan Ali ibn Nasr al-Katib. «&nbsp;<em>À l&rsquo;époque, en Europe, l&rsquo;intolérance religieuse faisait rage. Une culture sauve l&rsquo;autre&nbsp;!</em>&nbsp;» Un peu plus loin, un voile facial de soie noire porte la définition du mot «&nbsp;peur&nbsp;» en arabe. Dentelle de Bayeux et perles de jais&nbsp;: Ghada Amer met en scène, dans une même aversion au contrôle du corps féminin, les deux faces du puritanisme&nbsp;: obsession religieuse <em>vs</em> érotisation aliénante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Frac</strong><br>Au Frac Paca, l&rsquo;exposition <em>Witches and Bitches </em>précise son engagement féministe. Cette référence aux sorcières et putains s&rsquo;attaque aux stéréotypes qui collent aux basques des femmes. Elle-même (lire entretien ci-après) s&rsquo;est heurtée aux préjugés du milieu artistique&nbsp;: entre 1984 et 1989, étudiante à la Villa Arson de Nice, elle s&rsquo;est vu refuser l&rsquo;accès au cours de peinture, en raison «&nbsp;<em>des faibles chances qu&rsquo;auraient les femmes de mener avec succès une carrière de peintre</em>&nbsp;». En réaction Ghada Amer porte, selon les mots de Hélia Paukner, «&nbsp;<em>une colère persistante et créatrice</em>&nbsp;». Son rapport ambivalent aux artistes hommes qu&rsquo;elle admire, mais dont elle conteste la domination systémique, éclate sur les murs du Frac. Revisitant l&rsquo;histoire de l&rsquo;art au féminin, elle dialogue avec les Nymphéas de Claude Monet, en grand format. Sur ses toiles, les fils colorés de la broderie, forme d&rsquo;expression longtemps considérée comme mineure car reliée à l&rsquo;artisanat pratiqué par les femmes, tissent un autre récit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vieille Charité</strong><br>Le troisième volet de la rétrospective, en accès libre dans la chapelle du Centre de la Vieille Charité, expose les développements les plus récents de son œuvre sculptée. Aux formes aléatoires de ses «&nbsp;Pensées mexicaines&nbsp;», répondent de grands visages de femmes sur des cartons&#8230; coulés en bronze. Les premières, improvisations évoquant le courant surréaliste, ont été conçues avec les résidus de terre de ses cours de céramique au Greenwich House Pottery (New York), où Ghada Amer s&rsquo;est formée pour intégrer le monde très masculin de la sculpture. «&nbsp;<em>J&rsquo;ai découvert en sculptant que j&rsquo;avais une main gauche</em>&nbsp;», sourit l&rsquo;artiste, droitière. Les seconds immortalisent, dans un matériau exceptionnellement robuste, ce qui fait le lot de cette nomade invétérée&nbsp;: d&rsquo;innombrables déménagements&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">GAËLLE CLOAREC</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire aussi notre <a href="https://journalzebuline.fr/la-seule-chose-que-je-pouvais-faire-cetait-dessiner/">l&rsquo;entretien avec <strong>Ghada Amer</strong></a></p>
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