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	<title>Archives des Prix Goncourt - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Prix Goncourt - Journal Zebuline</title>
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		<title>Ces prix que nous gagnons</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Nov 2024 09:42:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Édito]]></category>
		<category><![CDATA[Politique culturelle]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Alana S.Portero]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré le résultat des élections américaines et même si cela peut changer le monde, des chapes d’oppression ont été levées et des horizons, dégagés, apparaissent. À chaque pas dans la ville, chaque #metoo révélé, chaque roman effeuillé, chaque applaudissement de théâtre, nous le constatons&#160;: le monde a déjà changé.&#160; Le bouleversement culturel que nous vivons [&#8230;]</p>
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<p>Malgré le résultat des élections américaines et même si cela peut changer le monde, des chapes d’oppression ont été levées et des horizons, dégagés, apparaissent. À chaque pas dans la ville, chaque #metoo révélé, chaque roman effeuillé, chaque applaudissement de théâtre, nous le constatons&nbsp;: le monde a déjà changé.&nbsp;</p>



<p>Le bouleversement culturel que nous vivons est profond, même si les forces réactionnaires, puissantes, sont en marche pour endiguer la vague et protéger leurs acquis rancis et leurs terres stériles. Les monstres de Gramsci sont là, ceux qui surgissent dans le clair-obscur des transitions politiques, lorsque les idées ont germé puis fleuri mais que la moisson se fait attendre. Des zombis presque oubliés ressortent de leur naphtaline et censurent les universités américaines, les télés russes, les librairies algériennes. Confrontés à la fin d’une domination qui leur semblait naturelle les plus dangereux des vieux charognards s’éveillent et étrillent le monde de leurs actes terroristes, leurs massacres de civils et leurs urbicides.&nbsp;</p>



<p>Toute cette violence n’est plus un danger mais un fait, en actes, irréversible dans ses douleurs infligées aux humains et aux peuples. Mais les avancées des idées, les progrès civilisationnels, sont tout aussi irrévocables.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Récits d’opprimé.e.s</mark></strong></p>



<p>Kamel Daoud emporte le prix Goncourt, avec <em>Houris</em>, un roman qui met en question le régime algérien, sa loi du silence sur la décennie noire, sa main mise sur le corps des femmes, son rapport aliénant à la langue imposée. Un roman qui est pourtant un chant d’amour à l’Algérie, à ses combats et à ses souffrances, dans une langue française marquée à chaque pas, chaque syllabe, de la musicalité et de la force imagée de l’arabe poétique.&nbsp;</p>



<p>À l’heure où une loi réactionnaire brise l’égalité de droit des binationaux français, ce prix Goncourt franco-algérien se double d’un Renaudot attribué à Gaël Faye [<em><a href="https://journalzebuline.fr/retour-au-petit-pays/">lire notre article ici</a></em>], autre auteur binational, porteur de l’histoire du génocide Tutsi. </p>



<p>Plus inattendu encore, à Marseille, le premier prix du Salon du Livre métropolitain est attribué à Alana S.Portero, autrice espagnole trans, pour un roman magnifique, <em>La Mauvaise habitude</em>, paru en 2023. Sa langue flamboyante happe le lecteur de la première à la dernière ligne et emmène à la rencontre de femmes magnifiques, populaires et libres, et de queers qui ouvrent à tous·tes le chemin de la liberté, loin des assignations sociales et genrées.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Liberté sur les écrans, les scènes, les cimaises</mark></strong></p>



<p>Ces reconnaissances littéraires sont le fruit de programmations culturelles publiques qui affirment de plus en plus fort la force politique et subversive des arts. Ainsi, cette semaine, les <em>Artistes en exil </em>ouvrent leur expo collective <em>Censures</em>, la biennale numérique investit le virtuel comme un espace créateur d’imaginaire, <em>Africapt</em> projette <em>Bye Bye Tibériade </em>sur la Palestine&nbsp; et <em>Dahomey</em> sur la restitution des œuvres pillées par la colonisation française. Les racisés, les femmes artistes au [MAC], les queers, les exilés, se font entendre, et portent enfin, d’une voix faite de chacun de leurs chants parfois imparfaits, l’idée d’une culture plurielle, d’une histoire des libertés acquises et des luttes.&nbsp;</p>



<p>Ces voix multiples et complexes, lorsque les zombies réactionnaires seront retournés à leurs tombes, devront aussi se sortir des champs de mines où ils les ont laissés. Toute domination ne se maintient qu’en opposant et divisant les dominés&nbsp;: les femmes, les arabes, les juifs et les amazighs, tous les LGBTQI que le sigle suppose, tous les discriminé·e·s physiques et sociaux, devront à leur tour renoncer à dominer les plus fragiles qu’eux. Jusqu’à ce qu’enfin les derniers arrivés ne ferment plus la porte, et que l’humanité libérée circule.&nbsp;</p>



<p>Agnès Freschel</p>
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		<title>Écrire à l’italienne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Nov 2023 09:11:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Bouches-du-Rhône]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Baptiste Andrea]]></category>
		<category><![CDATA[Littétature]]></category>
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		<category><![CDATA[Portrait]]></category>
		<category><![CDATA[Prix Goncourt]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le nom de Jean-Baptiste Andrea, déjà primé par différentes institutions célébrant la littérature exigeante et grand public – le Femina des lycéens, le Grand Prix RTL-Lire – se faisait déjà familier ces dernières années. Et ce même si la carrière de romancier de cet auteur touche-à-tout demeure assez récente&#160;: quatre romans parus entre 2017 et [&#8230;]</p>
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<p>Le nom de <strong>Jean-Baptiste Andrea</strong>, déjà primé par différentes institutions célébrant la littérature exigeante et grand public – le Femina des lycéens, le Grand Prix RTL-Lire – se faisait déjà familier ces dernières années. Et ce même si la carrière de romancier de cet auteur touche-à-tout demeure assez récente&nbsp;: quatre romans parus entre 2017 et 2023, tous aux très réputées éditions de l’Iconoclaste. Repéré par la fondatrice et directrice de la maison, Sophie de Sivry, décédée au printemps dernier, il était devenu le premier et ultime primo-romancier consacré par ses soins. Mais avant de se lancer en littérature, l’ex-diplômé de Sciences Po et de l’ESCP aura pris son temps. Né en 1971, il abandonne tout au tournant de la vingtaine pour des petits boulots de traduction aux éditions Harlequin, avant de se dédier à l’écriture de scénarios et à la réalisation de films proches du cinéma de genre. Voire même de l’horreur, ou du moins le fantastique, au cœur de son premier film <em>Dead End,</em> qu’il tourne en 2002 à Los Angeles. Il explore également les ressorts de la comédie policière, versant noir, dans <em>Big Nothing</em>, sorti en 2006 et comptant notamment David Schwimmer à son casting. Suivront en France la comédie horrifique très «&nbsp;teen&nbsp;» <em>Hellphone </em>réalisée par James Huth en 2007, avec un Jean-Baptiste Maunier à peine sorti de l’enfance, puis <em>La Confrérie des larmes</em> en 2013, thriller paranoïaque porté par Jérémie Rénier et Audrey Fleurot. C’est toujours la solidité de l’écriture que l’on salue, et l’efficacité d’un dispositif fait de rebondissements et révélations tenant le spectateur en haleine, à défaut de le convaincre complètement.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Poser le décor</mark></strong></p>



<p>Dans chacun de ces récits, c’est également le goût cinématographique du décor et le penchant pour l’immersion qui emportent. Cette Italie et ses palais génois tant admirés par le jeune et désargenté Mimo, personnage central de <em>Veiller sur elle</em>, en constitue plus que le cadre&nbsp;: le centre, l’identité même. Celle de ces ancêtres, qui ont si bien connue l’Italie où «&nbsp;orangers, citronniers et bigaradiers s’étendaient à perte de vue. […] <em>Impossible de ne pas s’arrêter, frappé par le paysage coloré, pointilliste, un feu d’artifice mandarine, melon, abricot, mimosa, fleur de soufre, qui ne s’éteignait jamais.</em>&nbsp;» Le goût du style et de la langue passe, pour Andrea, avant tout par l’image. Saturé de paysages aussi somptueux que l’histoire qui se dessine se fera tortueuse, <em>Veiller sur elle </em>se traverse comme autant de scènes de reconstitution soignées. Les personnages s’y font eux aussi hauts en couleur&nbsp;: Mimo Vitaliano, sculpteur en herbe à peine haut d’1 mètre 40 et né sans le sou, croisera le chemin de Viola Orsini, riche héritière à qui l’on aura que trop rappelé que son genre l’assigne au silence. La petite histoire, celle d’un amour d’enfance trop pur et trop à rebours des conventions sociales pour triompher, est sans doute ce qui marquera le plus durablement dans <em>Veiller sur elle</em>, plus encore que la grande accompagnant l’Italie de l’entre-deux-guerres aux années 1980, un peu plus convenue. Depuis <em>Ma Reine</em>, c’est encore et toujours de ces liens inaltérables d’amour et d’amitié que veut nous parler Jean-Baptiste Andrea, lui qui a à cœur de «&nbsp;parler de la beauté du monde&nbsp;», y compris en se frottant à l’histoire du fascisme.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une œuvre sans auteur ?</mark></strong></p>



<p>C’est au grand bonheur du président du jury Didier Lecoin, qui lui aura accordé son double vote, que le prix Goncourt s’est vu attribuer à cet auteur dont le goût du romanesque et de la fresque tranche quelque peu avec l’autofiction intime et âpre primée l’an dernier – <em>Vivre vite</em>, qui consacrait l’autrice Brigitte Giraud. Quitte à faire grincer quelques dents&nbsp;: devrait-on y voir le triomphe d’un académisme suranné, au détriment du style, de l’expérimentation, en bref, de tout ce qui fait la littérature&nbsp;? Quelques phrases lâchées çà et là par Andrea desservent allègrement sa cause&nbsp;: «&nbsp;<em>Ce qui m’intéresse, c’est de disparaître de mes livres. Des anecdotes que je distille dans la narration jusqu’au style&nbsp;: il ne faut pas qu’on me sente écrire.</em>&nbsp;» À moins qu’on y lise avant tout des gages de pudeur et de modestie&nbsp;: deux qualités bien trop rares pour qu’on les disqualifie d’un revers de la manche.</p>



<p>SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse">Jean-Baptiste Andrea était présent à la librairie Un Point Un Trait à Lodève le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">jeudi 16 novembre.</mark></pre>
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