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	<title>Archives des Torpeur - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Torpeur - Journal Zebuline</title>
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		<title>Preljocaj, états de trouble</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 May 2026 07:21:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a des spectacles que l’on croit avoir vus, et qui se déplacent pourtant dès qu’un autre corps les traverse. La reprise, chez Angelin Preljocaj, n’est jamais affaire de répétition, mais nouvelle incarnation – une œuvre, nous rappelait-il, «&#160;n’existe que si elle est donnée&#160;». À La Criée, le chorégraphe reprend le même geste en [&#8230;]</p>
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<p>Il y a des spectacles que l’on croit avoir vus, et qui se déplacent pourtant dès qu’un autre corps les traverse. La reprise, chez Angelin Preljocaj, n’est jamais affaire de répétition, mais nouvelle incarnation – une œuvre, nous rappelait-il, «&nbsp;n’existe que si elle est donnée&nbsp;». À La Criée, le chorégraphe reprend le même geste en l’inscrivant dans le triptyque créé à Montpellier Danse en 2023 : <em>Annonciation, Torpeur, Noces,</em> soit trois œuvres chorégraphiées entre 1989 et 2023, et trois manières d’interroger le désir, la sidération, l’assujettissement, mais aussi la communauté et le lien.</p>



<p>L’intérêt est, outre de découvrir ou redécouvrir des pièces majeures de ce qui constitue aujourd’hui un répertoire, de mesurer ce que le temps fait aux œuvres, et ce que les œuvres, en retour, font au temps. <em>Annonciation</em> demeure aujourd’hui encore d’une beauté troublante. Dans l’espace contraint du tapis rouge, entre peinture renaissante, récit sacré et vertige intime, l’Archange vient moins annoncer que fracturer un monde clos. Tout repose alors sur une tension très précise, presque musicale, entre apparition et effraction, consentement impossible et dialogue muet. L’ambiguïté de l’ange, sa puissance martiale, la candeur inquiète de Marie, ne cessent de recomposer la scène.</p>



<p><em>Torpeur</em>, création de 2023, déplace ce trouble vers une autre matière. Le chorégraphe, dont l’appétence pour le langage est devenu la marque de fabrique, évoquait à son sujet l’élaboration « grammaire de l’hébétude », d’une « dynamique de l’indolence ». Les formules sont belles parce qu’elles disent le paradoxe de cette pièce plus solaire que ses prédécesseuses: faire de l’alourdissement un mouvement, de l’abandon une tension, de la lenteur une force. Après la fulgurance d’<em>Annonciation</em>, <em>Torpeur</em> suspend le temps, l’épaissit, le charge d’une sensualité inquiète. On se souviendra de ces pauses, de ces respirations profondes, de ces regards perdus qui marquent durablement la rétine, parfois plus encore que les élans.</p>



<p>Avec <em>Noces</em>, créé en 1989 sur un Stravinsky interprété par l’ensemble Musicatreize, le trouble devient collectif, presque rituel. Rien, ou presque, n’aurait changé dans la chorégraphie ; mais tout se lit autrement. Ce qui pouvait autrefois paraître stylisation brutale d’un cérémonial archaïque résonne aujourd’hui avec une violence plus frontale. Les mariées de chiffon jetées de mains en mains, la fête qui tourne au rapt, la communauté qui encercle plus qu’elle ne célèbre :<em> Noces</em> regarde en face la contrainte imposée aux femmes et ce que les traditions peuvent charrier de domination sous couvert de liesse.</p>



<p>C’est donc moins une anthologie qu’un dispositif de résonances que La Criée accueille : une pièce de l’intime, une pièce de l’engourdissement, une pièce du rite. Trois états de trouble, trois âges d’une écriture, trois façons de faire entendre ce qui, dans les rapports entre hommes et femmes, entre désir et emprise, entre élan et entrave, continue de nous regarder.</p>



<pre class="wp-block-verse">SUZANNE CANESSA<br><em>Annonciation, Torpeur, Noces</em>, Ballet Preljocaj<br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Du 12 au 16 mai<br></mark><a href="https://theatre-lacriee.com/" type="link" id="https://theatre-lacriee.com/"><strong>La Criée</strong>,</a> Marseille</pre>



<p>Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/"><em>Scènes</em> ici</a></p>



<p></p>
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		<title>Preljocaj : un retour aux origines à découvrir au Pavillon Noir</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Dec 2024 16:35:51 +0000</pubDate>
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<p><em>Larmes Blanches&nbsp;</em>est une des premières pièces du chorégraphe,&nbsp;écrite juste après&nbsp;<em>Marché Noir</em>&nbsp;en 1985, et filmé en 1986, avec&nbsp;Nuch, Catherine Beziex,&nbsp;Christophe Haleb et Angelin Preljocaj lui-même à l’interprétation. Si les quatre danseurs sont loin d’aller aussi vite et ample que les interprètes&nbsp;d’aujourd’hui, le style Preljocaj est déjà là&nbsp;:&nbsp;musique baroque et contemporaine qui s’opposent,&nbsp;chemises blanches à larges jabots contrastant avec des pantalons noir en cuir, hommes et femmes portant les mêmes vêtements et faisant les mêmes gestes,&nbsp;obliques et secs, entrecoupés par des portés plus souples. Et surtout&nbsp;: phrases chorégraphiques longues et complexes, avec une difficulté de mémorisation,&nbsp;donnée en pâture à l’œil du spectateur, puisque les couples dansent à l’unisson, et que chaque décalage se voit. L’effet waouh,&nbsp;qui s’appelait alors autrement, était déjà là, dans ce quatuor amoureux à couteaux tirés, à l’arme plutôt que larme blanche.&nbsp;</p>



<p>Le duo masculin&nbsp;<em>Un Trait d’union</em>, créé en 1989 lui aussi par Christophe Haleb, et Alvaro Morell, est porté par Glenn Gould interprétant le 5<sup>e</sup>&nbsp;concerto pour piano de Bach, et la création de Mark Khan qui vient l’interrompre. Un fauteuil de cuir, évoquant le confort ou l’analyse, trône au centre, enjeu de possession, objet de jeu entre deux hommes qui cherchent à établir un lien, dans&nbsp;une danse très physique, acrobatique, faite de sauts, d’arrêts brutaux, de départs contrariés, d’enlacements brefs et d’entêtements à fuir, à s’empoigner, à refuser l’abandon. Masculin&nbsp;?&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Mystère mystique</mark></strong></p>



<p><em>Annonciation</em>, autre chef-d’œuvre, est un duo féminin qui n’a…&nbsp;que trente ans&nbsp;! &nbsp;La pièce n’est jamais sortie du répertoire du Ballet Preljocaj, a été dansée par de très nombreux ballets internationaux, et fait l’objet d’un très beau film, réalisé par le chorégraphe dans le parking de La Friche Belle de Mai, avec Claudia de Smet et Julie Bour, les interprètes originelles.&nbsp;</p>



<p>Le duo repose sur un sujet mystique, comme plusieurs pièces de Preljocaj, et sur cette figure picturale de l’ange Gabriel, asexué mais guerrier, rencontrant la Vierge Marie et lui annonçant qu’elle est enceinte, immaculée, portant le fils de Dieu. Preljocaj, clairement, en fait une rencontre charnelle, où l’enfantement n’est pas qu’une annonce mais un geste, une bataille, une acceptation, un tourment.&nbsp;<em>Le Magnificat</em>&nbsp;de Vivaldi, grandiose, est entrecoupé de rires d’enfants, et de la composition électroacoustique combative de Stéphane Roy. La maternité est vue comme un mystère, bouleversant la femme, la projetant vers un avenir hors de sa chambre fermée, porteuse de plus qu’elle-même, en lien direct avec le vivant.&nbsp;</p>



<p>Ce nouveau triptyque de pièces anciennes est joué par deux distribution différentes,&nbsp;et peut ainsi être donné à Aix-en-Provence et en Suisse en même temps, tandis&nbsp;que le reste du Ballet danse&nbsp;<em>R</em><em>equiem(s)</em>, création 2024, à Caen. Avant une reprise du Lac des Cygnes avec orchestre à Paris, pour conclure une année 2024 trépidante, et commencer une année 2025 qui passe par le Théâtre Durance les 9 et 10 janvier. Avec cinq&nbsp;pièces en tournée, dont la reprise d’<em>Helikoptere</em>&nbsp;et une création, le Ballet Preljocaj est une entreprise culturelle qui marche, et finance en partie les invités du Centre chorégraphique national aixois&nbsp;!</p>



<p>AGNÈS FRESCHEL&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Annonciation, Un Trait d’union, Larmes blanches<br></em></strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Du 19 au 22 décembre<em><br></em></mark><a href="https://preljocaj.org/pavillon-noir/">Pavillon Noir</a>, Aix en Provence<br><br><strong><em>Annonciation, Torpeur, Noces</em></strong><em><br></em><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">9 et 10 janvier<em><br></em></mark><a href="https://www.theatredurance.fr">Théâtre Durance,</a> Scène nationale de Château-Arnoux-Saint-Auban</pre>
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		<title>Occitanie : À Nîmes, le Ballet Preljocaj en triptyque</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Dec 2024 14:38:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un programme chorégraphique constitué de la reprise de deux pièces historiques du répertoire d’Angelin Preljocaj et d’une troisième plus récente. Annonciation, duo féminin de 1995, interroge le moment sacré de l’Immaculée Conception. La musique de Vivaldi mêlée à une partition électronique en renforce l’intensité. Noces, créée six ans plus tôt, fait référence à un rituel [&#8230;]</p>
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<p>Un programme chorégraphique constitué de la reprise de deux pièces historiques du répertoire d’<strong><a href="https://preljocaj.org">Angelin Preljocaj </a></strong>et d’une troisième plus récente. <em>Annonciation</em>, duo féminin de 1995, interroge le moment sacré de l’Immaculée Conception. La musique de Vivaldi mêlée à une partition électronique en renforce l’intensité. <em>Noces</em>, créée six ans plus tôt, fait référence à un rituel nuptial et funèbre. Cinq hommes et cinq femmes en opposition se déchaînent sans modération sur la musique de Stravinsky. Enfin, créé en 2023 pour douze danseurs, <em>Torpeur</em> est une exploration chorégraphique de différents états de corps : sidération, prostration, mais aussi sensualité, grâce languissante, &#8230;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Intemporelle incarnation</mark></strong></p>



<p>Donné en préambule <em>Annonciation </em>revêt, grâce au renouveau de ses interprètes, de nouveaux traits. Une complicité inédite semble opérer dans ce duo incarnant Marie et l’archange. Contraintes d’œuvrer ensemble pour une force que l’on désigne en pointant vers le haut, dans ce goût du geste devenu signe emprunté au Trecento et déployé sur le registre du théâtre dansé, les deux femmes nouent une complicité émouvante car résignée.&nbsp;Complicité qui demeurera le fil rouge de cette trilogie où les corps des femmes, leur capacité d’engendrement mais aussi leur objectification se verront savamment scrutés.</p>



<p><em>Torpeur</em>, création de 2023 conçue donc vingt-huit ans après ce duo canonique, déploie un effectif et des modalités d’interaction démultipliés. On se croirait, durant les premières minutes, revenus à une danse minimaliste proche de Lucinda Childs, scandée par les pulsations rassurantes d’une musique joyeusement répétitive dont les corps s’emparent avec frénésie. La danse lorgne aujourd’hui vers la désarticulation, le saccadé, la rétrogradation&nbsp;? Qu’à cela ne tienne, semble répondre&nbsp;Angelin Preljocaj&nbsp;: les battements s’espacent, les gestes s’étirent, et les corps s’alanguissent. Si bien qu’il semble que ce sont eux qui imposent à une musique flottante leur propre rythme, et non pas celle-ci qui leur dicte quand et comment faire battre leurs cœurs. Les douze danseurs et danseuses se rapprochent, s’explorent dans un mouvement inédit de sensualité. Exit les pas-de-deux délimitant hommes et femmes&nbsp;: c’est presque uniquement en trios, puis entre hommes et femmes que tous s’unissent et s’accompagnent, comme les corps exultants dans le récent et tout aussi réjouissant&nbsp;<em>Deleuze/Hendrix</em>.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Le rapt des mariées</mark></strong></p>



<p>On revient en fin de spectacle en 1989, année où le chorégraphe s’imposa comme une voix majeure de la danse contemporaine.&nbsp;Les <em>Noces&nbsp;</em>de Stravinsky avaient un peu voyagé, de la Russie paysanne du compositeur aux Balkans des origines de Preljocaj.&nbsp;</p>



<p>Ces images ont la saveur inaltérée du cauchemar&nbsp;: une fois de plus, ce sont les yeux bandés que les jeunes mariées avanceront vers leur destin. Elles auront eu beau échanger regards entendus, caresses chaleureuses, quitte à s’emparer elles-mêmes de dociles poupées de chiffon, elles sortiront éternelles perdantes d’un jeu joué d’avance. Engoncés dans des costumes cravates soulignant leur air juvénile, les hommes semblent à peine moins perdus. On croirait pourtant presque, le temps de ces sauts du haut de bancs d’école, où les femmes s’élancent, tournoyant comme des toupies, qu’un autre monde, qu’un envol est possible.&nbsp;</p>



<p>SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Annonciation, Torpeur, Noces<br></em><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">9 janvier<br></mark><strong><a href="https://www.theatredurance.fr">Théâtre Durance</a></strong>, Scène nationale Château-Arnoux-Saint-Auban</pre>



<p>Retrouvez nos articles <em><a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/">Danse, spectacles</a></em> ici </p>
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		<title>Angelin Preljocaj et la jouissance de la torpeur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Oct 2023 07:20:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Scènes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Zébuline. Pourquoi reprendre Noces, créé en 1989, et Annonciation, créé en 1995&#160;? Quel intérêt prenez-vous à réinvestir ce répertoire ancien&#160;?&#160; Angelin Preljocaj. Le thème de Montpellier Danse 2023, «&#160;Répertoire et création&#160;», recoupait une de mes préoccupations anciennes. J’ai toujours eu besoin de mettre en perspective ce que je suis en train de faire avec des [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Zébuline. Pourquoi reprendre <em>Noces</em>, créé en 1989, et <em>Annonciation</em>, créé en 1995&nbsp;? Quel intérêt prenez-vous à réinvestir ce répertoire ancien&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p><strong>Angelin Preljocaj. </strong>Le thème de <em>Montpellier Danse</em> 2023, «&nbsp;Répertoire et création&nbsp;», recoupait une de mes préoccupations anciennes. J’ai toujours eu besoin de mettre en perspective ce que je suis en train de faire avec des répertoires, le mien ou d’autres. Et puis, une œuvre n’existe que si elle est donnée, et je pense qu’il est dommage de laisser mourir tant de pièces qui ont été créées avec de l’argent public, et donc lui appartiennent. Diffuser le patrimoine est important, et donne à la danse une épaisseur historique qui lui manque souvent. Les diffuseurs veulent avoir des créations, des premières… Cela n’est pas très écologique, cela coûte cher en décors, costumes, lumières, il faut s’interroger aujourd’hui sur ce mode de production et de diffusion du spectacle vivant, pour des raisons écologiques et budgétaires.&nbsp;</p>



<p><strong>En dehors de ces raisons de directeur de ballet, vous avez sans doute des motifs plus artistiques, plus personnels, pour reprendre ces deux pièces…</strong></p>



<p>Bien sûr. J’aime mes interprètes, qui apportent beaucoup à mes œuvres. Le sens d’une pièce s’épaissit des différentes incarnations qui viennent l’habiller, la transformer. Un pianiste aujourd’hui qui jouerait Bach comme Glenn Gould aurait l’impression de bégayer, mais un qui jouerait sans connaître Glenn Gould passerait à côté d’une vision désormais essentielle à sa compréhension. Il en est de même pour la danse, mais on le sait moins. Chaque interprète lui apporte une inscription dans le temps, dans l’époque. Et rien ne marque mieux l’époque que le changement des corps.</p>



<p><strong>Justement, concrètement, qu’est-ce qui a changé dans <em>Noces</em>&nbsp;? &nbsp;</strong></p>



<p>C’est très étrange. La pièce est exactement la même, je n’ai pas changé un pas. Mais dans le rapport homme-femme, la violence est encore plus forte. La pièce met en scène un rapt sur la musique très tellurique de Stravinsky. L’assujettissement des femmes en est le sujet. J’y suis très sensible, cet état de société me révolte, j’ai une mère, quatre sœurs, une femme et deux filles, comment ne pas l’être&nbsp;!</p>



<p>Aujourd’hui, par rapport à 1989, ces sujets des violences faites aux femmes sont médiatisés et combattus. Mais l’assujettissement continue, la sauvagerie est toujours là. Les danseuses aujourd’hui s’en emparent avec encore plus de panache.</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>« Je cherche une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence »</p></blockquote></figure>



<p><strong>Est-ce du même ordre pour<em> Annonciation&nbsp;</em>? Le duo est plus intime et plus intemporel…&nbsp;</strong></p>



<p><em>Annonciation</em> c’est une forme à habiter qui dépend davantage encore des interprètes. Les Annonciations sont toujours peintes dans des jardins clos, qui symbolisent la virginité de la Vierge à qui l’Ange vient annoncer qu’elle porte l’enfant de Dieu. Cet espace est scénographié avec un tapis rouge, qui symbolise le ventre, le sang. Lorsque l’Ange pénètre cet espace réduit, contraint, intime, il a la forme d’une femme. Je ne voyais pas un homme pénétrer cet espace.</p>



<p><strong>L’ambiguïté de genre de l’Ange est-il le même aujourd’hui&nbsp;? Vous avez eu des interprètes très intergenres, à l’époque on disait androgyne. Comment cela résonne-t-il&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p>L’Ange a une gestuelle immédiatement martiale. Son arrivée est une déflagration, qui s’entend dans la musique. L’espace ne peut pas contenir un tel être, il vole en éclat. Comme le temps. On est dans une réalité quantique, dont la durée varie selon les protagonistes, une éternité, un instant. Tout est dans les mains, les corps, les gestes des danseuses. Tout cela est très précis, et doit être extrêmement habité. Bien sûr, pour chaque duo, c’est une création.</p>



<p><strong>Vous avez également créé une autre pièce, <em>Torpeur</em>, qui vient compléter le programme…&nbsp;</strong></p>



<p><em>Torpeur</em> est une petite forme sans décor qui explore un état de corps. J’ai toujours aimé chercher de ce côté-là. Ma danse est plutôt vive, j’aime bien chercher ce qui peut contrer cela, explorer le poids dans <em>Gravité</em>, l’extase dans <em>Near Life Experience</em>. Là j’ai cherché une grammaire de l’hébétude, un rythme, une dynamique de l’indolence. J’ai besoin de tracer les choses dans les corps, que l’émotion surgisse de la forme et pas de l’affect. Les corps de la danse peuvent parler directement aux corps des spectateurs si on parvient à cela. Alors j’alourdis, je ralentis, j’épaissis. Je vois ce que cela donne, l’effondrement d’un corps. Un effondrement volontaire, consenti, une jouissance de la torpeur. Celle qui nous saisit quand il fait très chaud, que l’on n’a pas envie de bouger, et que le plaisir qui en découle est immense …&nbsp;</p>



<p>ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Noces, Annonciation, Torpeur</em></strong><br>Par Angelin Preljocaj<br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Du 11 au 15 octobre<br></mark>Pavillon Noir, Aix-en-Provence</pre>
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		<title>Preljocaj en trois temps</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alice Rolland]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Jun 2023 08:05:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Scènes]]></category>
		<category><![CDATA[Angelin Preljocaj]]></category>
		<category><![CDATA[Danse]]></category>
		<category><![CDATA[L’Annonciation]]></category>
		<category><![CDATA[Montpellier Danse]]></category>
		<category><![CDATA[Montpellier.]]></category>
		<category><![CDATA[Noces]]></category>
		<category><![CDATA[Occitanie]]></category>
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		<category><![CDATA[Torpeur]]></category>
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<p>Se rendre à un spectacle d’<strong>Angelin Preljocaj </strong>se fait en toute confiance, un peu comme on va retrouver un ami cher. C’est pourquoi avoir la possibilité de voir trois courtes pièces le même soir est un plaisir renouvelé, surtout s’il s’agit de deux reprises et d’une création. Cette juxtaposition est une façon puissante d’assumer ses choix artistiques et ses obsessions pour le chorégraphe, en phase avec le thème de cette édition 2023 du festival <em>Montpellier Danse</em> : «&nbsp;répertoire et création&nbsp;». Tout commence par <em>l’Annonciation</em>, un duo intemporel datant de 1995 dans la lumière mélancolique de Rubens. Ici l’ange est féminin, l’<em>Annonciation</em> aussi intime que brutale. L’harmonie du temps passé est rompue par la déflagration martiale de l’annonce de l’enfant à venir que la femme, être de courage, intègre dans ses gestes et dans son corps, déjà prête à vivre les chamboulements du futur.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Dynamique de l’indolence</mark></strong></p>



<p>Pas de doute, le langage dansé du chorégraphe est féministe et engagé, comme nous confirme la troisième pièce du programme, <em>Noces</em>, créée en 1989. La virtuosité de la musique de Stravinsky nous entraîne dans une forme narrative explosive questionnant les violences faites aux femmes par des hommes qui en exigent l’assujettissement. La sauvagerie des mots que l’on n’entend pas s’exprime à travers les corps, que la dynamique infernale mène au bord de l’épuisement. Les femmes tentent de résister, alors que point le désespoir. Mais peu importe qui prend le dessus, la confrontation ne peut générer que des perdants. Entre les deux reprises, la création <em>Torpeur</em> s’affirme comme un moment de beauté en suspension, explorant dans un cadre épuré et sans artifices, un état particulier du corps porté par la dynamique singulière de l’indolence. Tout est consenti, vécu dans une ivresse de la douceur portée par l’union des corps, cette complicité chorégraphique des interprètes qui ne forment plus qu’un. On retrouve tout l’art de Preljocaj, obsédé par la fluidité du mouvement, l’harmonie des pas de deux, la minutie du geste. Le rythme du mouvement ralentit inlassablement mais son intensité ne faiblit pas, au contraire, l’énergie qui en émane est comme amplifiée. Une émotion physique puissante surgit et nous permet de ressentir dans notre chair ce bras qui s’étire à l’infini, ce pied qui se lève, ce regard ampli de sérénité…&nbsp; Quelle délicatesse ! Dans un langage des gestes propres à Prejlocaj, le mouvement apaisé continue, abandonné à lui-même, mais ne lâche rien, on se rêve à croire qu’il ne s’arrêtera pas. Avant de réaliser qu’il est déjà suspendu, endormi peut-être… Dans notre corps, dans notre tête, pourtant, il continue.&nbsp;</p>



<p>ALICE ROLLAND</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>L’Annonciation</em>, <em>Noces</em> et <em>Torpeur</em> ont été donnés les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">20 et 21 juin</mark>, dans le cadre de <em>Montpellier Danse</em>, à l’Opéra Berlioz, Montpellier. </pre>
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