dimanche 24 septembre 2023
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Preljocaj en trois temps

En ouverture du festival Montpellier Danse, ce n’est pas une mais trois pièces de Preljocaj qui étaient à découvrir dans le même programme. Un festin de gestes, de mouvement et de dextérité enivrant

Se rendre à un spectacle d’Angelin Preljocaj se fait en toute confiance, un peu comme on va retrouver un ami cher. C’est pourquoi avoir la possibilité de voir trois courtes pièces le même soir est un plaisir renouvelé, surtout s’il s’agit de deux reprises et d’une création. Cette juxtaposition est une façon puissante d’assumer ses choix artistiques et ses obsessions pour le chorégraphe, en phase avec le thème de cette édition 2023 du festival Montpellier Danse : « répertoire et création ». Tout commence par l’Annonciation, un duo intemporel datant de 1995 dans la lumière mélancolique de Rubens. Ici l’ange est féminin, l’Annonciation aussi intime que brutale. L’harmonie du temps passé est rompue par la déflagration martiale de l’annonce de l’enfant à venir que la femme, être de courage, intègre dans ses gestes et dans son corps, déjà prête à vivre les chamboulements du futur. 

Dynamique de l’indolence

Pas de doute, le langage dansé du chorégraphe est féministe et engagé, comme nous confirme la troisième pièce du programme, Noces, créée en 1989. La virtuosité de la musique de Stravinsky nous entraîne dans une forme narrative explosive questionnant les violences faites aux femmes par des hommes qui en exigent l’assujettissement. La sauvagerie des mots que l’on n’entend pas s’exprime à travers les corps, que la dynamique infernale mène au bord de l’épuisement. Les femmes tentent de résister, alors que point le désespoir. Mais peu importe qui prend le dessus, la confrontation ne peut générer que des perdants. Entre les deux reprises, la création Torpeur s’affirme comme un moment de beauté en suspension, explorant dans un cadre épuré et sans artifices, un état particulier du corps porté par la dynamique singulière de l’indolence. Tout est consenti, vécu dans une ivresse de la douceur portée par l’union des corps, cette complicité chorégraphique des interprètes qui ne forment plus qu’un. On retrouve tout l’art de Preljocaj, obsédé par la fluidité du mouvement, l’harmonie des pas de deux, la minutie du geste. Le rythme du mouvement ralentit inlassablement mais son intensité ne faiblit pas, au contraire, l’énergie qui en émane est comme amplifiée. Une émotion physique puissante surgit et nous permet de ressentir dans notre chair ce bras qui s’étire à l’infini, ce pied qui se lève, ce regard ampli de sérénité…  Quelle délicatesse ! Dans un langage des gestes propres à Prejlocaj, le mouvement apaisé continue, abandonné à lui-même, mais ne lâche rien, on se rêve à croire qu’il ne s’arrêtera pas. Avant de réaliser qu’il est déjà suspendu, endormi peut-être… Dans notre corps, dans notre tête, pourtant, il continue. 

ALICE ROLLAND

L’Annonciation, Noces et Torpeur ont été donnés les 20 et 21 juin, dans le cadre de Montpellier Danse, à l’Opéra Berlioz, Montpellier. 
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