mercredi 7 janvier 2026
No menu items!
cliquez sur l'image pour faire un donspot_img
Cliquez sur l'image pour vous abonnerspot_img
AccueilÀ la UneUn barbiere di qualità !

Un barbiere di qualità !

Pierre-Emmanuel Rousseau et un casting vocal convaincant font briller le Barbier de Séville à l’Opéra de Marseille pour les Fêtes

Programmer le Barbier de Séville à Noël, c’est l’assurance de faire salle comble ! Et comment mieux le faire qu’avec cette mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau, déjà amplement applaudie à Strasbourg et à Rouen. La direction musicale assurée par Alessandro Cadario est au diapason des exigences du répertoire belcantiste : gestes précis, à l’écoute des chanteurs, crescendi maîtrisés.

Si la scénographie reprend les conventions visuelles classiques de l’Andalousie du XVIIe siècle, elle regorge aussi de réjouissantes trouvailles. L’espace scénique, figurant tantôt le patio au pied du balcon de Rosina, tantôt la prison dorée du docteur Bartolo, enferme puis libère ses personnages. Que ce soit un suraigu de Rosina sur un tirage de cheveux, ou la paranoïa de Bartolo, tout ici participe à l’ambiance comique recherchée.

La conscience de classe transpire partout : dans ce Figaro tatoué, alcoolique et brinquebalant, dans l’aplomb d’un Almaviva qui achète une solution à tous ses problèmes, dans les râles de la servante Berta. Le comte mufle et adultère des Noces de Figaro transparaît déjà, et le réactionnaire Bartolo assiste à la disparition de son monde, celui que Beaumarchais dénoncera dans ces mêmes Noces.

Belcanto oblige, la réussite d’une telle production doit passer par la qualité des voix. Les rôles secondaires ont fait l’objet d’une attention particulière : Alessio Caccamani campe un Basilio aussi menaçant que ridicule, déchaîné sur l’air de la calomnie. Le public n’a d’yeux que pour la gouaille de la Berta d’Andreea Soare, à la présence scénique remarquable, à la voix ample sur son air du sorbet, et au timing comique impeccable Gilen Goicoechea campe lui un convaincant Fiorello.

Le rôle de Rosina, écrit par Rossini pour une contralto, est tenu par la talentueuse mezzo-soprano Eléonore Pancrazi, dont l’insolente facilité vocale sied à merveille aux facéties de son jeu d’actrice. Elle offre ainsi au public un Una voce poco fa d’anthologie, tout en agilité et en souplesse. Grand méchant de l’opéra, le docteur Bartolo, dépassé par les événements et d’autant plus bête qu’il est confiant en son intelligence, est incarné par Marc Barrard, bien connu du public marseillais et qui sait mêler candeur et dureté tant dans son timbre que dans son jeu.

Le comte Almaviva est joué par le ténor Santiago Ballerini, que l’on devine amoureux de ce répertoire. Les nuances de voix, lumineuses, désinvoltes et présomptueuses, le font passer sans effort du faux professeur de musique à l’aristocrate imbu de lui-même. C’est Vito Priante qui incarne le personnage titre de Figaro – qui rentre en scène avec fracas avec le célébrissime Largo al factotum, impeccable et virtuose, avant d’emmener les nombreux ensembles de l’opéra avec son énergie contagieuse. Le public, conquis, réserve une standing ovation aux interprètes et à l’équipe de mise en scène.

PAUL CANESSA

Le Barbier de Séville a été donné du 26 décembre au 4 janvier à l’Opéra de Marseille.

Retrouvez nos articles Scènes ici

Article précédent
Article suivant
ARTICLES PROCHES
Participez à l'indépendance de la presse

Exarchia : utopie à la grecque

Après Nanterre, du bidonville à la cité, et Du taudis au Airbnb sur le mal-logement à Marseille, parus aux éditions Agone, Victor Collet y...

Leçon des ténèbres

Ce n’est pas vraiment un roman, mais certainement un triptyque : les trois nouvelles d’American Spirits, indépendantes, se déroulent dans la même petite ville fictive,...