Une once de psychédélisme, une expérience multisensorielle, une grande audace formelle :
mi-décembre à Marseille, du Théâtre Massalia au Mucem, Galaxie provisoire donnait une très vive expression de ce parti pris éditorial. Seule en scène, usant de son saxophone avec parcimonie, Maguelone Vidal y revisite l’art ancestral des bulles de savon. Pour créer des planètes colorées et irisées, petits foyers iridescents s’agrégeant peu à peu aux quatre coins de la scène plongée dans le noir, l’artiste use de divers outils – calumet télescopique, pipe à bulles, ou ses simples mains en alcôve.
En évolution perpétuelle, le dispositif est évocateur, propice à délier l’imagination dans une ambiance hypnotique. On y devine comètes, constellations, nébuleuses et arcs en ciel éphémères, les enfants sont subjugués – « de l’eau à couleur de paillettes, ça n’existe pas normalement ! ». Un crépitement d’ébullition, caractéristique de la rencontre de l’air et de l’eau, suivi d’aspersion et brumisation ; des bulles emplies de fumée qui éclatent en s’envolant… Il s’agit quasi de théâtre noir, dans lequel la démiurge s’efface et réapparait, laissant toute la place aux métamorphoses en cours, ordonnant son rituel sibyllin à l’aide d’artefacts et accessoires minimalistes, se passant volontairement de toutes nouvelles technologies.
La bande son est organique – inspiration, expiration, discrètement soulignée de compositions contemporaines. Les actions sont parfois sonorisées, quand un lasso lumineux tournoie à bout de bras. L’interaction entre air et eau se fait espiègle, le quatrième mur se dissout instantanément quand les bulles envahissent les gradins dans une tempête de savon ! L’immersion est totale, ravissante pour tous les âges, nous plongeant dans un agréable état d’apesanteur entre clarté et lumière, dans une Galaxie provisoire qui porte bien son nom.
JULIE BORDENAVE
Galaxie provisoire a été donné le samedi 13 décembre au Théâtre Massalia, Marseille.
Tous à l’Opéra
Le 15 décembre, le festival Tous en son ! invitait à un concert pédagogique à l’Opéra de Marseille. De Schumann à Schubert en passant par Brahms, Mozart ou encore Benjamin Britten, cette promenade musicale à travers les siècles proposée par un trio échappé de l’Orchestre philharmonique de Marseille – Cécile Florentin (alto), Cécile Freyssenède (violon) et Véronique Gueirard (violoncelle) –, se commentait en direct, pour mieux discerner par exemple les pizzicati symbolisant les gouttes d’eau chez Vivaldi. Deux expériences fidèles à l’éclectisme échevelé de Tous en sons !, excellent festival brillant toujours par son audace et son grand écart entre musiques dites savantes et populaires, pour décomplexer les escourdilles dès le plus jeune âge. J.B.





