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Un corbeau dans la jungle

Avec Le corbeau qui m'aimait, Abdelaziz Baraka Sakin signe un roman bouleversant sur la migration, l'amitié et la lente désintégration de l'espoir

Avec Le corbeau qui m’aimait, Abdelaziz Baraka Sakin signe un roman bouleversant sur la migration, l’amitié et la lente désintégration de l’espoir

Tout commence par une scène de reconnaissance manquée. À Vienne, Nour croise Adam, son ami du pays. Ce dernier est devenu l’ombre de lui-même : émacié comme une tige de bambou, les yeux noyés dans le crack et l’alcool bon marché. Jadis inséparables, animés par les mêmes rêves d’ailleurs, les deux hommes avaient emprunté ensemble la périlleuse « Route des fourmis » depuis le Soudan. Puis leurs chemins avaient divergé. Adam, surnommé « Ingiliz » en raison de son obsession d’atteindre l’Angleterre, ne reconnaît même plus son frère d’exil.

La « Jungle »

Au cœur du roman se trouve la « Jungle » de Calais, cet espace de relégation où s’entassent les migrants dans l’espoir d’atteindre le Royaume-Uni. Baraka Sakin nous y immerge, au milieu de la boue, le froid, la violence, mais aussi de la solidarité précaire qui lie ces déracinés en quête d’un avenir meilleur. C’est là, dans ce non-lieu qu’Adam bascule dans la folie, après une tentative avortée de traverser la Manche sur un ballon dirigeable.

Le roman pose une question existentielle : qu’est-ce qu’une vie réussie ? Avoir foi en ses rêves, parfois trop grands, qui conduisent à se perdre dans un monde d’illusions destructrices ? Ou renoncer d’emblée et choisir de ne plus vivre mais de survivre ?

L’auteur soudanais, censuré dans son pays et vivant en exil entre la France et l’Autriche, connaît intimement son sujet. Son écriture, d’une grande subtilité, décrit la déshumanisation progressive d’Adam. Par petites touches, il montre comment l’Europe broie les espérances de ceux qui croyaient y trouver le salut. Mais il décrit aussi ces instants de fraternité, d’humour même, entre migrants qui rendent le quotidien plus acceptable, essentiel.Ce court roman de 192 pages possède la densité d’une œuvre bien plus volumineuse. Sensible, engagé, profondément humaniste, il nous pousse à regarder derrière les simples faits. Et si nous avions tous, quelque part, un corbeau qui nous aimait ?

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le corbeau qui m’aimait,Abdelaziz Baraka Sakin
Éditions Zulma - 18 €

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