« Deux mois sans école ! Ça va être cool » dit Paul dans le préambule du film qui réunit la famille Halle : le père, Gregory, la mère, Dorothée, Paul, l’aîné et son petit frère Germain.
On est dans une ferme isolée de l’Avesnois, au Nord de la France. Gregory a repris non sans mal l’exploitation familiale. Une exploitation à taille humaine où les vaches pâturent au grand air. C’est l’été, les vacances. La nature est belle, originelle. Un paradis pour les enfants. Pourtant le travail ne s’arrête jamais. La traite des vaches matin et soir qu’on soit malade ou pas, les soins vétérinaires, l’entretien des clôtures, les bricolages divers, la moisson, le stockage des ballots de fourrage, la mise à l’abri de la paille des bêtes tandis que l’orage menace, sans compter le calcul des ratios, des seuils de rentabilité. Quand ils ne font pas les quatre cents coups dans les champs dorés ou ne s’ébattent pas dans la rivière, les deux frères aident leur père. Paul a douze ans et Grégory l’initie à la conduite du tracteur. A la réalité difficile de la ferme également, bien éloignée de la vision idéalisée de « Farming simulator » un jeu vidéo auquel jouent Paul et son frère.
Le cinéaste, s’est installé dans le quotidien de la famille. Comme c’est souvent le cas dans les documentaires immersifs, les protagonistes ont oublié sa présence. Seules quelques vaches le gratifient parfois d’un regard caméra, placide.
Le film trouve une sorte de respiration entre les jeux des enfants et le travail du père, entre leur insouciance et ses soucis. Balançant entre temps d’apprentissage et libres échappées. Alternant les cris et le silence, le meuglement des vaches et la musique baroque de Vivaldi et des Bach (Jean-Sébastien et Carl Philipp).
Hugo Willocq réussit un film enraciné et universel. Enraciné dans un territoire qui est celui de sa propre enfance – géographique et intime. Universel parce qu’il nous parle de filiation, de transmission, d’une perte d’innocence quand l’âge d’or enfantin s’achève et que le futur reste très incertain. Les petites fermes disparaissent une à une, au profit d’exploitations moins nombreuses, de plus en plus grandes, selon les logiques de profit. « L’idée d’arracher un fragment de cette vie menacée me tient à cœur. Lorsqu’une histoire s’éteint, il y a urgence à ne pas laisser disparaître sa mémoire » déclare le réalisateur.
Que deviendront Paul et son frère ? La dernière séquence reprend en vidéo-souvenir les beaux moments de ce bel été, comme l’archive d’un temps qui n’est pas encore mais qui pourrait bien être un âge de fer.
ELISE PADOVANI
Un Été à la ferme, l’âge d’or de Hugo Willocq
En salle le 25 février




