Comment transposer un traumatisme collectif tel que les effondrements de Noailles le 5 novembre 2018 en une geste artistique ? Sharon Tulloch s’est assurément posé cette question pour concevoir son Voyage accidentel. L’ouvrage publié chez Editions Commune début 2024 est devenu en deux ans une lecture musicale où l’introspection le dispute à la proposition scénique.
Avec force ellipses, l’autrice-performeuse lit des extraits de son journal qui, en fait, commence pour elle au printemps 2019 avec un arrêté de péril frappant son immeuble rue Clovis Hugues. Sur scène, elle essaime les feuilles de son texte et, parfois, s’assoit sur une sorte d’escabeau qui lui sert aussi de pupitre. Avec une aisance chorégraphique certaine, et avec sa pointe d’accent british, elle est d’autant plus légitime à donner à son témoignage un tour sensible.
Sans se revendiquer porte-parole c’est en tant que femme artiste et créole – elle a des origines anglaises, jamaïcaines et sud-américaines – qu’elle se livre sur scène. La présence d’un contrebassiste à ses côtés (formidable Emmanuel Reymond, ancien de Poum-Tchak) lui permet de donner à son journal les atours d’un dialogue.
La contrebasse sait se faire baroque, ou même bluesy, à l’évocation de Belle de Mai. Un montage de photos et de « pocket films », parfois en split-screen, donne des accents documentaires à la proposition. Et pendant une heure, l’autrice/lectrice/performeuse ne nous lâche pas.
LAURENT DUSSUTOUR
Spectacle donné le 21 février à la Cité de la Musique, Marseille.
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