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Voici venir l’hiver 

Anne Teresa de Keersmaeker fascine le Festival de Marseille et Montpellier danse avec quatre saisons et quatre interprètes hors du commun

Il Cimento dell’armonia et dell’inventione est une pièce d’abord déroutante. La chorégraphe flamande, qui depuis plus de 40 ans compose l’architecture de ses pièces en donnant  à voir les principes musicaux dans les corps, commence en silence. Par un solo, fait de gestes énigmatiques qui semblent mimer des scènes antiques, la chasse, le tir à l’arc. Immédiatement Boštjan Antončič impose ses gestes précis, placés, son regard, sa lenteur qui n’a rien d’un ralenti, mais tout d’une puissance  déployée. Puis les trois autres danseurs, plus jeunes, des hommes eux aussi, viennent le rejoindre, apportant chacun leur virtuosité particulière, mais évoluant toujours en silence, traçant des cercles, des espaces, des images. 

Puis José Paolo de Santos, au corps élégant et classique,  et Lav Crnčević,incroyable danseur un peu rond, inépuisable, incroyablement émouvant, font entendre le rythme de Vivaldi dans une hallucinante scène de claquettes, et la musique commence enfin. Ecrit avec Radouan Mriziga  Il Cimento renouvelle le vocabulaire chorégraphique de De Keersmaeker, traversé de hip hop, porté essentiellement par Nassim Baddag, le quatrième d’un quatuor masculin dont il se détache souvent, en solo, au sol. Plus hip hop, ce Ciment est aussi fait de figuralismes, d’évocations directes d’un patineur, d’un moustique, d’un cheval, qui sortent de l’abstraction la danse, et font souvent sourire. 

Sans retour

La pièce écoule ses Saisons, orage, chaleur écrasante de l’été, jeux et frimas de l’hiver. Les danseurs se font chasseurs, destructeurs, victime. Rescapés d’un monde insensé, mettant le public en joue, chassant, chassant. Et l’évocation de nos saisons déréglées déraille, sort du cycle, s’inscrivant simplement dans une succession, celle des âges de la vie, printemps été automne hiver, comme des âges d’une civilisation qui n’attendraient plus le retour du  printemps, la renaissance. L’hiver, celui de la mort, de la fin sans réveil, conclut la pièce par un noir brutal.

Si Vivaldi a conçu il y a trois siècles le Ciment de l’harmonie  qui ouvrait la modernité musicale de son invention c’est le poème d’Asmaa Jama, « We, the salvage », qui clôture le chemin linéaire d’une danse qui ne tourne plus en rond, ne revient plus en arrière, mais contemple, sidérée, la fin probable d’un monde. L’hiver final de nos destins, sans échappatoire.

waiting fo the sun

a fragile gazelle hoping fo a new day

last of its kind

AGNÈS FRESCHEL

Il Cimento dell’armonia et dell’inventione a été dansé les 28 et 29 juin, en première française, au ZEF dans le cadre du Festival de Marseille et les 1er et 2 juillet à l’Opéra Comédie dans le cadre de Montpellier danse

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