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AccueilCritiques« Article 353 du code pénal » d’Emmanuel Noblet, intime et convaincant 

« Article 353 du code pénal » d’Emmanuel Noblet, intime et convaincant 

En adaptant le roman de Tanguy Viel Article 353 du code pénal, pour la scène, Emmanuel Noblet porte sur scène une intime conviction qui absout un crime

C’est une histoire d’homme blessé par un homme cruel et pervers, puis d’un homme compatissant, et d’un enfant trop en colère pour devenir un homme. Une histoire d’homme, en somme, dépliant en un long monologue intérieur la question de l’impossible faiblesse, de l’impossible acceptation de l’échec que les êtres masculins se trimballent. 

Le roman de Tanguy Viel décrit remarquablement la domination de classe dans une province désindustrialisée qui fait face à l’irruption d’une spéculation agressive. « Ceux qui ne sont rien » sont au cœur du roman de Tanguy Viel qui confronte son personnage, Martial Kermeur, à un escroc sans scrupules et sans conscience, complexe au point de chercher à conserver l’amitié de ceux qu’il détruit en les arnaquant.

Face à lui, l’État de droit, un juge, l’absoudra de son crime – l’ouvrier chômeur a noyé l’escroc – au nom de l’article 353, qui fait appel à son « intime conviction ». 

Réalisme paradoxal

Le dispositif narratif – huis clos dans le bureau du juge, soliloque de Kermeur composé de paroles directes et de monologue intérieur – peut paraître une aubaine pour un metteur en scène ; mais la langue, extrêmement écrite et très belle, s’ornemente de digressions narratives. Faire entendre ce monologue intérieur dans chaque nuance de ses chemins de traverse empruntés sans cesse par Kermeur était une gageure. 

Emmanuel Noblet s’empare de ce réalisme contredit par le style en situant le huis clos non dans le bureau du juge mais dans le non-lieu du chantier avorté, du château détruit. Vincent Garanger, lui, reste parfaitement réaliste, incarnant Kermeur dans ses humiliations, ses tendresses, ses ivresses, ses amours, ses regrets – non celui d’avoir tué, mais d’avoir été un mauvais père. Il tient la scène presque seul, sous le regard du juge (Emmanuel Noblet) quasi silencieux, parvenant à nous faire croire à ce personnage criminel d’une troublante humanité, qui manie une langue écrite et poétique comme s’il nous parlait.

AGNÈS FRESCHEL

Article 353 du code pénal a été créé au Théâtre Durance, Château Arnoux le 15 octobre et joué au Bois de l’Aune, Aix, les 17 et 18 octobre

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