mercredi 4 février 2026
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The Mastermind : Art, loose et jazz

Présenté en Sélection officielle au dernier Festival de Cannes The Mastermind de Kelly Reichardt détricote l’Amérique des Héros

A Framingham, petite ville du Massachussetts, James Mooney (Josh O’Connor) fils de bonne famille, menuisier au chômage, marié à la discrète Terri (Alana Haim), père de deux enfants, citoyen au-dessus de tout soupçon, imagine le vol de quatre tableaux d’Arthur Dove dans le musée local. On est dans les années 70. C’est l’automne. Le chef op Christopher Blauvelt reconstitue une lumière chaude, poudrée. Dominantes ocre, jaune, marron.

La banlieue est pavillonnaire, les téléphones filaires et les chemises cintrées. Les autos sont des Buicks, Mercury, Corvette et Coccinelle VW : une vraie plongée « vintage ». En arrière-plan, mais omniprésents, sur les écrans télé, dans les journaux, la Guerre du Vietnam, Nixon président, les manifestations pacifistes et leur répression.

Les aléas de la réalité – traités à la sauce comédie, grippent le rêve de notre voleur d’art – un rêve somme tout aussi abstrait que la peinture de Dove. James devient un fugitif. On bascule alors dans un road movie qui le conduit à Cincinnati (Ohio) vers ses amitiés passées et révolues. L’hiver remplace l’automne. Cette errance solitaire, vaine et triste, ne pourra s’achever que par l’ironie du sort.

Ne vous fiez pas au titre du film : c’est une fausse piste. Rien de très génial dans le casse organisé par notre « cerveau ». On est loin des plans complexes, méticuleux, chronométrés à la seconde, assortis -pour les films de braquage les plus récents, de gadgets électroniques défiant les systèmes de sécurité. Non ce n’est pas Ocean’s Eleven ! On est ici dans l’artisanat, voire l’amateurisme. Une fois de plus, Kelly Reichardt s’amuse avec un genre profondément américain qui a inventé ses mythes et ses codes. Les cinéphiles reconnaîtront sans peine quelques clins d’œil aux grands classiques. On retrouve la Reichardt’s touch : le refus du spectaculaire, le sens du détail, et de l’essentiel, des scènes quasi bressoniennes à l’instar de celle où James montant et descendant de l’échelle, hisse son butin, châssis après châssis, dans une soupente de porcherie.

Les anti-héros sont fatigués

James Moonay est un anti-héros, un looser -pas même flamboyant, loin de l’image du gangster macho et de la figure patriarcale incarnée par son père, le Juge. C’est un déclassé de l’Amérique. L’Ex-étudiant en art est devenu menuisier, chômeur puis voleur. Il est paumé, irresponsable, lunaire et fauché -certains ont vu dans son patronyme MOONEY, un mot valise facétieux liant moon et money. Il est menteur, égoïste, individualiste. Pas question de quitter les USA pour rejoindre, comme lui suggère un ami, « les communautés de braves gens » :  camés, déserteurs, féministes radicales installées à la frontière canadienne. Il en serait presque antipathique si l’interprétation sensible de Josh O’Connor ne lui conférait une vulnérabilité touchante et un certain mystère.

Que serait Ascenseur pour l’Echafaud sans Miles Davis ? Ici pas d’échafaud et un ascenseur qui ne ferait que descendre, mais, tout aussi indissociable de la réussite du film : Rob Mazurek. Cuivre, claviers, percussions, le compositeur joue librement des improvisations et signe une BO riche de références. Les motifs musicaux épousent la tension dramatique, ou marquent un subtil décalage humoristique, accompagnant avec subtilité, la lente et irrésistible dérive de James.

ELISE PADOVANI

The Mastermind de Kelly Reichardt

En salle le 4 février

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