Toujours rattachée au répertoire baroque italien, l’œuvre de Domenico Scarlatti a pourtant marqué l’histoire de la musique espagnole. C’est du moins la lecture qu’en propose l’interprétation fine et personnelle de Jean-François Dichamp, idéale dans le cadre des désormais immanquables récitals du dimanche matin au Foyer de l’Opéra. Le clavier galant mais fiévreux de l’Italien longuement établi à la cour de Madrid y rencontre le piano post-romantique, pétri de références à Goya, d’Enrique Granados. Dextérité, vocalité, mais également conjugaison sensible de grotesque et sublime unissent ces deux compositeurs pourtant éloignés de près de deux siècles.
Danses de l’intime
Héritières des suites de danse, les sonates de Scarlatti sont en effet marquées de pulsations et de syncopes proches de leur imaginaire et de leurs tempi. C’est notamment le cas de la K193, virtuose, riche en ornements princiers, et de la K414, aux martèlements particulièrement obsédants. Mises en perspective, les Goyescas de Granados lui répondent avec panache, mais également en creusant le versant sentimental qui s’y laissait deviner. Elles s’y apposent notamment dans leur recours aux appogiatures, magnifiées par le toucher délicat de Jean-François Dichamp.
Los Requiebros et le Fandango de Candil se révèlent ainsi à la fois dépouillés et tourmentés. L’opéra n’est jamais loin, notamment lorsque surgit le chant profond de La Maja y el Ruiseñor, ou la mélancolie grave d’El Amor y la Muerte. Mais le baroque des sonates K25 et K8 ne pâlit pourtant pas face à de tels déchaînements de lyrisme et de mélancolie. La première convoque le spectre du contrepoint et de la fugue, où la main gauche sert de point d’ancrage. La seconde, dans ses retards, chromatismes et jeux d’imitation, se révèle d’une foudroyante modernité.
SUZANNE CANESSA
Le concert a été joué à l’Opéra de Marseille le 18 janvier dans le cadre de la saison Marseille Concerts.
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