lundi 15 juillet 2024
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Un Grand Mal incandescent

Dans un album lumineux et déroutant, le groupe délivre une électro-pop où se croisent de nombreuses références musicales et les troubles dissociatifs de sa chanteuse

Il est des disques qui ne peuvent laisser personne indifférent. Boule à facettes du Grand Mal – soit Julia Lopez au chant et Lebannen à la production – en est un. Sur une musique inféodée à aucune chapelle musicale, ce collectif fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui a découvert la musique sur internet, et avec lui son universalité en accès libre. Ici, la pop, le rap, l’électro sont amalgamés dans une fusion vivifiante, aux contours floues, souvent saturés de vocoder, pour un rendu tout aussi perturbant que saisissant. Une démarche qui se veut aussi salvatrice, puisqu’elle émane d’une artiste touchée par deux troubles psychiques, celui de l’aphantasie, soit l’incapacité à se représenter une image mentale, et de déréalisation (pertes de contact avec la réalité). 

Saisir au vol
Le disque s’ouvre avec Mise en abîme. Un titre aux paroles parsemées de points d’interrogation, une entrée en matière qui sous-tend avec malice le mal-être assumé de l’auteure. « C’est pour cela que j’ai commencé la musique, j’avais des choses à dire. C’est ce qui me pousse, j’essaye d’exprimer comment je tire du positif de ce qui m’arrive », explique Julia Lopez. Une aphantasie qui a des conséquences directes sur son processus de création. « Dans ma tête, je n’ai pas d’images, mais des pensées qui arrivent de façon absurde, j’essaie de les saisir au vol et de les retranscrire », poursuit-elle. 

Un travail d’écriture fascinant qui trouve un écrin sur-mesure sculpté par Lebannen, artiste normand qui compose toutes les instrumentales de l’album. Sa musique s’emballe dans une frénésie électro (J’rigole à l’envers), reprend son souffle sur Malade Imaginaire, et nous offre des envolées harmoniques particulièrement réjouissantes – l’introduction de Nature Morte est aussi simple que magistrale. On passe aussi par une pop-soul toujours bien sentie, comme sur le dernier titre de l’album Éclairée par un appareil, un grand écart – échauffez-vous – entre Amy Winehouse et Olivia Ruiz. Et même si le chant de Julia se fait parfois hésitant, notamment rythmiquement, il ne fait que renforcer l’impression d’étrangeté charismatique qu’en procure l’écoute. 

L’ensemble respire la fraîcheur d’une nouvelle scène qui semble poindre en France. Celle d’artistes débarrassé·es de toute entrave dans leur processus de création, on pense à Éloi ou LacopinedeFlipper. Une jeunesse qui croque son monde avec une énergie et une culture musicale transversale qui lui est propre, aidée par des logiciels qu’elle maîtrise avec brio. De quoi se féliciter du bon usage des nouvelles technologies.

NICOLAS SANTUCCI 

Boule à facettes, Le Grand Mal
Autoproduction

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