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De l’art délicat du trio

Au Palais du Pharo de Marseille, Philippe Cassard, David Grimal et Anne Gastinel conjuguent Schubert et Ravel au pluriel

Voilà 25 ans qu’ils se produisent ensemble, tout en menant de (très) belles carrières chacun de leur côté. La violoncelliste Anne Gastinel en se frottant tout particulièrement à la création contemporaine, mais également aux pièces les plus ardues du répertoire ; le violoniste David Grimal en insufflant à différentes nomenclatures ses velléités – très bienvenues – de directeur artistique, notamment à l’orchestre sans chef malicieusement nommé Les Dissonances ; et le pianiste Philippe Cassard, bien connu des auditeurs de France Musique pour sa capacité à ériger des ponts entre arts, musique et musicologie.

Mais c’est ici en chambristes chevronnés qu’ils se présentent devant une salle comble, forts d’une complicité tangible et d’une connaissance respective de Schubert impressionnante. On aurait, peut-être, apprécié d’entendre le Philippe Cassard essayiste et producteur en dire quelques mots. Mais l’éloquence de la musique elle-même suffit amplement à rendre justice à la poésie du mouvement rendu célèbre par le Barry Lyndon de Stanley Kubrick, brillamment interprété en bis, mais aussi et surtout au magnifique Notturno en mi bémol majeur, et au plus méconnu Trio n°1, tous deux pétris d’élégance et de mélancolie, mais aussi d’une entente poignante. Sur ces sixtes qui unissent un violon et un violoncelle si complémentaires, ou encore sur le dialogue si émouvant entre les cordes et le piano vibrant sur l’Andante un poco mosso.

On a cassé Philippe Cassard

Mais la plus belle surprise du spectacle est peut-être, plus encore que cette gracieuse lecture de Schubert, le Trio en la mineur de Ravel. Coloré, rutilant, il impressionne par la vigueur de son écriture mais aussi de l’interprétation. Tant et si bien que l’auriculaire de Philippe Cassard en finira par saigner sur le clavier du Bechstein ! Au retour d’une petite pause pansement, le pianiste revient s’emparer de pages sublimes, rappelant l’inventivité folle d’un compositeur aux confins de l’impressionnisme, interprété ici avec une fougue postromantique rare. C’est le piano qui fixe les soubassements d’une Passacaille entêtante, avant qu’un Final lumineux n’articule des trilles se répondant d’un instrument à l’autre. Tout simplement renversant.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 24 janvier au Palais du Pharo dans le cadre de la saison de Marseille Concerts.

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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