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Feydeau, le genre du vaudeville

Invitée par le Théâtre du Gymnase, Aurore Fattier monte à la Friche Belle de Mai Le Dindon de Feydeau. Dans une version dévergondée qui interroge les rapports de genre

Pour sa première création en tant que directrice de la Comédie de Caen, Aurore Fattier asouhaité une pièce joyeuse et populaire. Elle a choisi Le Dindon de Feydeau, qui lui semble être « un texte dont la modernité nous surgit à la figure à chaque instant », malgré tous les poncifs de vaudeville qui caractérisent la pièce.

Lucienne se refuse à l’adultère, au grand dam de ses prétendants, Rédillon et Pontagnac, tous deux amis de son mari. Elle ne tromperait Crépin que s’il lui en donnait « l’exemple ». Pontagnac se met alors en tête de la convaincre que son mari la trompe, tandis que l’ancienne maîtresse de celui-ci débarque de Londres…

On se demande un peu de quelle « modernité » parle la metteuse en scène, et comment elle peut, comme elle l’expose dans ses intentions, revisiter cette pièce à l’aune du mouvement MeToo. Ce parti pris a priori anachronique colle en réalité étonnamment bien au texte, qui donne une place importante aux personnages féminins et à la question du consentement, et ce dès la première scène, où l’on voit Pontagnac suivant Lucienne dans la rue, et jusqu’au dernier acte, dans lequel elle semble finalement céder à ces avances. « Qu’est-ce qu’on attend ? » lui demande-t-il. « Mon bon vouloir » lui répond-elle.

Avec Aurore Fattier, pas de Dindon propre sur lui. Au contraire, puisant dans l’univers du cabaret qui inspirait Feydeau lui même, elle joue avec les désirs et les frustrations de ses personnages, prêtant à Redillon un fétichisme des pieds, et mettant même en scène une partouze (absente du texte originel) à la fin du deuxième acte.

De quoi rit-on ?

Fattier fait le choix d’une « distribution queer » avec des comédien·nes choisi·es pour leur sensibilité au travestissement et à l’art du drag, parmi lesquels Peggy Lee Cooper, figure emblématique de la scène drag belge. Les quiproquos amoureux se troublent, le mythe hétérosexuel s’effondre, et le public en rit. Mais de qui, de quoi rit-on ?

Le travestissement de personnages séduisantes et désirables permet de déconstruire le regard cis-centré de leurs prétendants, et de rire d’eux avec elles. Mais dans le cas de Maggy, l’amante britannique de Crépin, c’est plus déconcertant. On rit decettefemme ridicule, qui menace de se « souicider » à tout instant. On rit de l’attirance de Crépin pour elle, et son accoutrement grotesque (c’est la seule dont le travestissement ne correspond pas aux canons de beauté) vient ajouter à cela. Et les exclamations de dégout devant leurs embrassades posent question.

Malgré les limites se son interprétation progressiste (travestir les personnages de Feydeau ne compense pas son usage du handicap comme procédé narratif et comique, ni l’absence de comédien·nes racisé·es), Aurore Fattier relève son pari de monter un Dindon jouissif, déjanté et qui interroge ses rapports de genre… tout en nous rappelant que la modernité de Feydeau est un produit de son temps.

CHLOÉ MACAIRE ET NEMO TURBANT

Le Dindon a été donné du 20 au 24 janvier à la Friche La Belle de mai.

Dans le cadre de la programmation du Théâtre du Gymnase

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