Musicien, cinéaste et plasticien, Lauri-Matti Parppei vient de la scène underground finlandaise, où il s’est fait connaître avec son groupe Musta valo. Auteur de courts métrages remarqués (Silent As Murderers, The Last Day), il inscrit avec La lumière ne meurt jamais son premier long métrage dans un territoire expérimental où cinéma et musique se répondent. Le film est tourné à Rauma, sa ville natale, dans un paysage nordique marqué par la retenue, le silence et une certaine difficulté à formuler la souffrance psychique.
Le récit suit Pauli, virtuose de la flûte traversière – Samuel Kujala, tout en émotivité butée – revenu vivre chez ses parents après une dépression. La musique, pourtant au cœur de son identité, se fait absente : l’instrument porte désormais le poids d’une réussite devenue stérile. La rencontre avec Iiris – Anna Rosaliina Kauno – ancienne camarade de classe devenue musicienne expérimentale, marque un premier déplacement. Iiris évolue hors des cadres : improvisations, micros de contact, objets détournés, sons enregistrés sur le vif.
Ce que raconte La lumière ne meurt jamais n’est pas tant l’opposition entre musique classique et musique expérimentale que le lent glissement d’un regard – et d’une oreille. Pauli observe les pratiques de Iiris et de son camarade de jeu avec une distance, parfois un scepticisme que partage avec lui le spectateur. Les expériences paraissent d’abord anecdotiques, voire absurdes, avant de devenir peu à peu concluantes. La création cesse d’être une démonstration pour devenir un espace partagé, où l’erreur, le tâtonnement et l’écoute collective prennent le pas sur la maîtrise.
C’est quand il fait réellement place à la musique que La Lumière ne meurt jamais se révèle, formellement parlant, le plus intéressant. Toute la musique du film est enregistrée en direct pendant le tournage, selon un principe proche du Dogme95 cher à Lars Von Trier et Thomas Vinterberg : pas de postproduction luxueuse, mais un travail in vivo, fragile, exposé. La mise en scène, construite avec le chef opérateur Mikko Parttimaa, reste volontairement sobre, presque classique, laissant aux séquences musicales le soin de fissurer le cadre.
Le film avance ainsi comme une partition : silences prolongés, motifs récurrents, variations progressives. Le retour final de la flûte, longtemps tenue à distance, vient magnifiquement clore le récit. Le même instrument, mais chargé de l’expérience collective, transformé par le chemin parcouru.
SUZANNE CANESSA
La Lumière ne meurt jamais, Lauri-Matti Parppei
Sortie le 4 février 2026
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