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(Bien) nourrir tout le monde

La sécurité sociale de l'alimentation, une idée efficace et solidaire, qui était au menu de cette conférence signée Opera Mundi à Marseille

Bénédicte Bonzi est docteure en anthropologie sociale. Lorsqu’elle est arrivée à Paris pour ses études, de son Ardèche natale, son choc fut tel en voyant le nombre de personnes démunis des moyens de manger, côtoyant une profusion de nourriture à vendre, qu’elle a rejoint les bénévoles des Restos du cœur, « pour comprendre avec eux ».

Une thèse sur le sujet plus tard, elle est devenue spécialiste des questions d’alimentation. Ses yeux se sont dessillés sur les choix politiques et économiques de notre société : « l’État délègue une mission impossible aux structures de l’aide alimentaire ; nourrir tout le monde, sans leur en donner les moyens ». Les lois contre le gaspillage ? « Un droit à l’alimentation bafoué », tant le système de défiscalisation offert à la grande distribution a des effets néfastes.

Coût vs investissement

« Combien nous coûte une nourriture qui ne nous permet pas d’être en bonne santé et abîme l’environnement ? » Avec un dispositif humiliant, qui distribue des produits de très mauvaise qualité, le risque est grand pour les bénéficiaires de développer diabète, carences, cancers… mais aussi des traumas. Son impact psychologique est invisible, mais réel. Pour l’évaluer, Bénédicte Bonzi a utilisé la grille de la psychiatre Marie-France Hirigoyen sur les violences faites aux femmes : honte, dévalorisation, contrôle, menaces de couper les ressources… les critères concordent.

Pourtant, des alternatives existent, basées sur une agriculture biologique et de proximité. Au premier rang desquelles une sécurité sociale de l’alimentation, inspirée par les mesures du Conseil national de la Résistance, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, pour bâtir une société plus juste et égalitaire. Cela coûterait cher ? Certes, mais pas tant que ça, au regard des bénéfices énormes de la solidarité sur la santé et le vivre ensemble. Un vaste changement de mentalités est nécessaire, mais selon la chercheuse, les personnes précaires n’auront aucun mal à s’adapter, car elles développent déjà une multitude de stratégies pour survivre. « Ce sera plus dur pour les classes aisées, qui se demandent pourquoi cotiser pour quelque chose qu’elles ont déjà, une alimentation de bonne qualité ? » Eh bien, conclut-elle, il est temps de ré-interroger les privilèges.

GAËLLE CLOAREC

La conférence de Bénédicte Bonzi a eu lieu le 4 février dans les locaux de La Provence, lors du festival d'Opera Mundi, Nourrir et relier les mondes, qui s'est tenu du 2 au 7 février à Marseille.

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