C’est dans le cadre enchanteur du site de Châteauvallon, à Ollioules, que l’on embarque dans l’aventure de Punk.es. Car ce qui se joue ici est bel et bien une épopée, qui débute comme dans une pièce de William Shakespeare, lors de « l’hiver du mécontentement » de 1976. Le Royaume-Uni, dans cette ère pré-thatchérienne, connaît une crise économique sans précédent et un chômage massif touchant une partie de la jeunesse ouvrière. Dans cette atmosphère crépusculaire émergent des jeunes gens en colère, dont l’histoire a surtout retenu les figures masculines.
Mais Punk.es se concentre sur le parcours de The Slits, formation initialement exclusivement féminine, composée notamment de Ari Up (chant), Tessa Pollitt (basse) et Viv Albertine (guitare). C’est d’ailleurs le cheminement de cette dernière, inspiré de ses mémoires, qui sert d’épine dorsale au spectacle. Sur scène, son incarnation évoque tour à tour Courtney Love et Debbie Harry, comme une hybridation entre Marilyn Monroe et une guitare électrique.
Riffs rageurs
La scénographie restitue l’atmosphère brute d’une salle de répétition ou de concert, à mille lieues des stades rutilants où évoluent aujourd’hui Beyoncé ou Lady Gaga. La musique y est jouée en direct par six comédien·nes talentueux·ses. On y entend, outre Typical Girls, le titre le plus connu des Slits, leur reprise déjantée de I Heard It Through the Grapevine, ainsi que les morceaux emblématiques de l’époque. De Patti Smith, figure tutélaire, à Iggy Pop, le spectacle se clôt sur un I Wanna Be Your Dog surpuissant, en passant par les Sex Pistols et The Clash, les riffs rageurs s’enchaînent pour le plus grand bonheur d’un groupe de lycéens venus assister au spectacle.
La génération X reconnaît au passage Mick Jones, compagnon de Viv Albertine, Sid Vicious ou encore Budgie, futur membre de Siouxsie and the Banshees. Pour la metteuse en scène Justine Heynemann, qui cosigne le spectacle avec Rachel Arditi, convoquer ces figures rebelles revient à offrir « des figures inspirantes aux jeunes générations, revigorantes pour les moins jeunes ». À en juger par l’enthousiasme du public, le pari est pleinement réussi. Punk.es, comme l’indique le point médian de son titre, rappelle surtout combien, dans la musique comme ailleurs, les femmes ont toujours dû lutter pour s’imposer.
ISABELLE RAINALDI
Spectacle donné le 3 avril à Châteauvallon, Scène nationale d’Ollioules.
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