samedi 13 avril 2024
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Distante Oblomovie

Robin Renucci met en scène l’âme russe couchée et interroge la paresse infantile de l’aristocratie décadente. Sans fracas

Pour découvrir Oblomov, du directeur de La Criée, les Marseillais se sont pressés nombreux, avec chaque soir une salle pleine d’un public attentif à cette mise en scène créée lorsque Robin Renucci dirigeait les Tréteaux de France. 

Le roman de Gontcharov est un classique de la littérature naturaliste russe, et Oblomov est devenu un de ces caractères typiques que la littérature sait créer. Celui d’un homme couché, par dégoût de la vie autant que par paresse et par incapacité d’agir. Séduisant pour la jeune et aristocrate Olga, mais aussi pour la cuisinière aux bras charnus qui l’héberge, Oblomov est pourtant terriblement agaçant, retiré du monde non par dégoût de celui-ci, mais par incapacité de l’habiter au présent, de travailler, de gérer sa propriété, ou même de trouver un logement.

Position fœtale 
Robin Renucci fait reposer le mystère de cette âme sur une nostalgie d’enfance, celle d’une nourrice qui lui racontait le conte du brochet, où un jeune paresseux accroché à son poêle voit tous ses vœux exaucés sans mérite… Bercé par ce souvenir, Oblomov s’enferme dans sa chambre, son divan, peinant à quitter sa position fœtale, régressant toujours davantage, jusqu’à mourir d’inaction. Rêvant d’abord d’amour avec Olga parce que son chant merveilleux l’attire vers le conte, puis se laissant séduire par la prolétaire grassouillette et maternelle.

La scénographie fabrique des intimités, et des voiles translucides ou opaques qui évoquent le sommeil et la mort. Les comédiens jouent à merveille la torpeur générale et les élans esquissés. L’intrigue pourtant nous parle peu, comme depuis un monde disparu avec ses problématiques de vieux petits garçons nostalgiques de sein maternel, et de la Russie délétère des tsars. Un manque d’actualité qui provoque un peu d’ennui, mais de belle facture.

LUDOVIC TOMAS

Oblomov, de Robin Renucci a été donné du 5 au 8 janvier à La Criée, théâtre national de Marseille. 
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