Sur scène, tout commence par un protocole. Oreillettes, indications en direct, coordinatrice d’intimité : Good Sex expose longuement les règles du jeu avant même de jouer. Le 26 mars, Paul Le Cluziat et Ahmed Fatta s’y plient avec précision et générosité, comme l’ensemble de la distribution permanente, solide, attentive, engagée : Josépha Sini et Nicolas Payet guident les interprètes à l’oreillette, et outrepassent avec délice leurs fonctions. Émilie Maquest joue les coordinatrices et cheffes d’orchestre avec une fantaisie certaine. Le dispositif intrigue, amuse visiblement le public – voir se fabriquer un baiser, un rapprochement, un geste hésitant. Mais très vite, la mécanique prend le pas sur ce qu’elle prétend révéler.
Car une fois l’argument posé – des acteurs guidés pour jouer l’intime sans se connaître – que reste-t-il ? Un texte qui accuse déjà son époque. Écrit par la troupe Dead Centre avec la romancière Émilie Pine dans le sillage des confinements, mis en scène et distribué internationalement par Ben Kidd, Good Sex cherche le contact perdu, la relation empêchée, le manque de peau.
Demi-molle ?
Mais ce manque, aujourd’hui, sonne étrangement creux, comme un écho déjà lointain. Ce qui pouvait faire urgence devient motif usé, et la tentative d’universalité glisse vers le lieu commun : relations finies, souvenirs persistants, impossibilité de tourner la page.
L’idée que le couple puisse être incarné indifféremment – deux hommes ici, ailleurs peut-être autrement – ouvre pourtant une piste intéressante. Mais elle reste peu creusée, comme si le spectacle préférait en rester à une neutralité consensuelle. Où se situe alors la limite entre le partageable et le déjà-vu ?
Reste le pari, assumé, d’un certain voyeurisme : voir des corps se rapprocher sous contrainte, tester les limites, provoquer un trouble. La salle rit, parfois nerveusement, face aux tâtonnements et aux flottements. Mais derrière cette promesse un peu racoleuse, l’écriture peine à tenir. Quelques moments de grâce affleurent : un regard, une suspension, une fragilité réelle. Sans suffire à déplacer l’ensemble. Entre dispositif habile et matière dramaturgique fragile, Good Sex donne à voir les conditions de fabrication de l’intime sans jamais vraiment y accéder. Et nous laisse sur une impression paradoxale : celle d’un spectacle qui parle du contact, mais ne touche pas.
SUZANNE CANESSA
Le spectacle a été joué du 24 au 27 mars au Théâtre Joliette dans le cadre de la saison Hors-les-murs du Théâtre du Gymnase.
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