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AccueilÀ la UneÀ Marseille, il y a aussi le Moussem

À Marseille, il y a aussi le Moussem

Ce sont de grandes fêtes, données plusieurs fois par an dans différentes régions d’Afrique de Nord, pour célébrer un événement religieux, les récoltes, ou un changement de saison. Le Moussem de Marseille, initié par Ancrages et Quai du Maroc, s’est tenu pour la première fois à La Cômerie ce 27 mars. Et s’il n’y a pas eu de tbourida (spectacle de cavalerie traditionnelle), l’événement proposait un concentré partagé de musique, d’histoire, d’arts et de saveurs.

La soirée s’ouvre dans la salle d’accueil avec l’atelier Timazighin animé par Raïssa Leï, artiviste engagée dans la transmission du matrimoine amazigh. Elle enseigne l’histoire et les usages des objets d’apparat, qu’elle cherche à faire revivre – coiffes, pendants, colliers, bagues, bracelets et fibules de sa propre collection – et propose un « habillage » aux volontaires, rituel de reconnexion avec leurs ancêtres.

Après une ouverture « officielle », chacun déplace sa chaise pour libérer une allée centrale. Les caftans de Sabrina Signature, portés avec prestance par les modèles, défilent sous les regards captivés du public. Changement d’ambiance, qui se fait plus studieuse : Samia Chabani [à l’initiative de cet événement et de la rubrique Diasporik] anime la table ronde « Enracinement sans déracinement, les Marocains en exil », et donne la parole à l’historienne de l’art Julie Rateau, l’anthropologue Rim Affaya, le sociologue Hicham Jamid et Driss El Yazami, Président du CCME (Conseil de la communauté marocaine à l’étranger). Ils reviendront sur les singularités de la diaspora marocaine en France, particulièrement à Marseille. Le travail photographique de Nadia Khallouki, exposé dans la salle d’actualité, fait écho à ces échanges.

Que la fête commence

Après un couscous et quelques lectures proposées par la librairie L’île aux mots, l’association Dar Gnawa se prépare pour une explosion d’énergie. Elle a invité Youssef Smarraï, maître du guembri et du chant rituel venu d’Essaouira. C’est peut-être le moment le plus fort de la soirée : les youyous fusent, tout le monde danse, se libère et transpire la joie.

De la musique, il y en aura encore en bas où le groupe Zawia Fama, connu pour ses mélanges de musique gnawa, rock, funk et blues,est déjà installé. Spontanément, tout le monde tire des chaises pour s’assoir, fatigués d’avoir dansé, et les premières notes de guitare dessinent la nouvelle atmosphère, suspendue et intimiste. Mais rapidement, le rythme s’accélère. Pas question de rester assis, on range ces chaises tout de suite et on danse. Pour ceux qui avaient encore de l’énergie à revendre, la soirée s’est prolongée avec le DJ set chaâbi de FRida Ka3lash.

En mêlant ainsi les arts, les générations et les ambiances, le Moussem rassemble des publics d’horizons divers et s’affirme comme un véritable espace d’échange et de rencontres. Une phrase de l’anthropologue Rim Affaya prononcée au cours de la table ronde résonne : « La fête aide à vivre la vie avec joie, sans oublier le rôle des rituels pour contenir la douleur et la tristesse. »

PAULINE LIGHTBURNE

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