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« An Oak tree », scène et chêne enchâssés

Tim Crouch remet à sa place la cérémonie théâtrale : une bonimenterie, une manipulation hypnotique. Qui peut transformer le réel ?

An Oak tree est un spectacle qui tourne depuis 2005 sur les scènes anglo-saxonnes, mais est joué pour le première fois en France au Festival d’Avignon. Le dispositif, complexe à décrire,  se décrypte très clairement quand on assiste à la cérémonie. Tim Crouch invite chaque soir un acteur différent à partager la scène avec lui -le 7 au soir David Geselson- et à suivre précisément ses indications pour qu’ils interprètent ensemble une histoire.

Elle-même est enchâssée. Au premier niveau, un père qui a perdu sa fille, tuée dans un accident de voiture, qui cherche sa trace sur la route où elle est morte, et croit la retrouver dans chêne. Au second niveau un bonimenteur, qui pratique l’hypnose sur les volontaires du public, non pas celui du Cloître des Célestins mais celui, aviné,  d’un pub anglais. Entre les deux niveaux deux liens : le père endeuillé vient se faire hypnotiser par le bonimenteur, qui en fait est celui qui a tué sa fille ; le bonimenteur, Tim Crouch, est aussi le metteur en scène manipulateur de l’acteur qui joue le père.

Mentir vrai

Double manipulation, double intrigue, double public, théâtre dans le théâtre, An Oak tree  met l’émotion à distance : il est bien davantage question de théâtre que de deuil. Car aucun deuil n’est vrai au théâtre ! Il est toujours le fruit d’une écriture, d’une mise en scène, d’une manipulation des acteurs, d’un jeu, plus ou moins réussi, d’une incarnation, d’un mensonge.

Une enfant morte peut elle se réincarner en arbre ? La mère implore son mari de ne pas devenir fou, de se raccrocher au réel, d’admettre la mort de sa fille. Comment pouvons nous, spectateurs hypnotisés par les fictions théâtrales, nous identifier à ce deuil, croire à l’incarnation des acteurs, y chercher une représentation de nos peines, une catharsis ?

Le 7 au soir, David Geselson fut un père magnifique. Résistant juste ce qu’il faut aux directives de Tim Crouch, interprétant avec distance, ou plongé dans l’émotion de la fiction interne. Jouant sur tous les plans, drôle, émouvant, entrainé par un Tim Crouch caustique et attentif.

Une représentation exceptionnelle, qui chemine bien après les applaudissements, interrogeant jusqu’à l’essence formelle de ce que nous vivons au théâtre.

Agnès Freschel

An Oak tree est joué jusqu’au 11 juillet au Cloître des Célestins.

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