mercredi 18 février 2026
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Au-delà de Katmandou, l’adieu aux cimes

Premier long métrage d’Alexander Murphy, Au-delà de Katmandou (Goodbye Sisters, pour le titre anglais) suit le retour de deux sœurs au village natal dans la chaîne de l’Himalaya.

Très peu sous nos latitudes connaissent le cordyceps sinensis nom scientifique du yarsagumba. On trouve cette chenille momifiée par un champignon parasite, à 5000 m d’altitude, cachée dans le sol aride des hauts plateaux himalayens. Recherché pour ses vertus aphrodisiaques, le yarsagumba se vend plus cher que l’or et provoque chaque printemps une véritable ruée. Des camps d’altitude s’installent et les chercheur-euses de cet or vert tentent leur chance. Si cette recherche est bien au cœur du film documentaire d’Alexander Murphy et si, selon ses dires, elle en a déclenché le désir initial, elle n’en est nullement le sujet. Au-delà de katmandou relève d’une quête bien plus personnelle, suivant l’itinéraire d’une jeune Népalaise entre retrouvailles et séparation.

Jamuna et sa petite sœur Anmuna vivent seules à Katmandou. Quelques années auparavant,  leurs parents, de pauvres paysans de Maikot, village de montagne reculé, les ont confiées à un orphelinat où elles devaient recevoir une éducation. L’établissement en fait, maltraitait et exploitait les enfants. Les deux sœurs se sont échappées et installées dans la capitale népalaise. Jamuna travaille dur pour subvenir à leurs besoins et envoyer de l’argent à sa famille. A 21 ans, elle a décidé d’émigrer au Japon et d’y suivre des études. Pour financer ce projet, elle compte sur le yarsagumba. Elle ira une dernière fois à Maikot, avec Anmuna, pour retrouver son père, sa mère, ses deux sœurs restées là-bas. Elle leur dira adieu, même si c’est difficile.

Le réalisateur suit les jeunes filles dans un trajet interminable, de la ville surpeuplée aux chemins escarpés et déserts des montagnes, sous la pluie froide et glacée. Il entre avec elles dans la maison natale où on dort à même le sol, les accompagne aux champs puis à la rivière où on lave le linge. Plus tard, dans les prairies d’altitude où, à quatre pattes, tous cherchent le précieux champignon. Là-haut, au campement éphémère de tentes multicolores, on partage avec les autres cueilleurs de yarsagumba, un intermède festif ; la parole se libère devant des paysages à couper le souffle.

D’autres vies que la sienne

Tout au long du film, Alexander Murphy saisit les moments de complicité fusionnelle entre les sœurs, et se glisse dans l’intimité familiale. L’aînée est restée au foyer quand les deux cadettes sont parties. Mariée, enceinte, dépendante de son époux ; elle voit sa vie finie ; elle aussi pourtant a rêvé de faire des études. Les déchirures passées se devinent, les renoncements. La condition économique de ces castes très pauvres et celle des femmes, s’esquissent. La détermination de Jamuna n’en est que plus exemplaire.

La frontière entre documentaire et fiction s’estompe, on ne sait si les dialogues sont pré-écrits ou spontanés ; les protagonistes semblent ignorer la caméra, se livrant à nous avec une confiance stupéfiante.

Comme les sentiments, la lumière change sans cesse. Magnifique travail du chef op Vadim Alsayed, qui compose avec les couleurs éclatantes et les monochromes brumeux.

Le réalisateur franco-irlandais se coule avec aisance dans ces vies autres et semblables pour nous y inviter et s’y reconnaître.

ELISE PADOVANI

Au-delà de katmandou d’Alexander Murphy

en salle le 18 février

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