La braise couve encore, et l’audiovisuel public peut renaître de ce qui ressemblait pourtant, plutôt, à des cendres. La loi Dati sur le regroupement « France médias », prévoyait la fabrique d’une hydre infinie qui aurait résulté de la fusion de toutes les chaînes nationales et régionales de France Télévisions, de toutes les stations nationales et régionales de Radio France, de l’Institut National de l’Audiovisuel, de France Médias Monde, d’ARTE France et des chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat). Combattue par le secteur et contestée par tous ceux qui tiennent au service public d’information, la loi regroupait et appauvrissait en particulier les antennes régionales et locales de télé et de radio, essentielles pourtant à la démocratie locale.
Le projet Dati semble faire définitivement flop, enfin. La ministre de la Culture va bientôt quitter son ministère pour ses affaires parisiennes sans avoir fait passer ce qu’elle présentait comme une réforme essentielle et nécessaire. Mais cet abandon suffira-t-il à sauver nos radios et télés publiques qui essaient encore d’échapper à l’asservissement idéologique et capitalistique des médias privés ?
Mettre en concurrence l’intérêt public
La fin de la redevance décrétée par Macron en 2022 a mis à terre un audiovisuel public qui ne dépendait pas des fantaisies budgétaires des gouvernements, mais d’un reversement de taxes automatique. Mais dès les années Mitterrand et la privatisation de TF1, la mise en concurrence entre des médias privés, qui n’ont pas de cahier des charges, et des médias publics, qui ont des missions d’intérêt général non rentables, fragilisait le secteur. Puis l’arrivée des médias numériques et autres plateformes a fait exploser la concurrence dans un domaine où elle ne devrait pas avoir sa place. Car, il est presque incongru de le rappeler aujourd’hui, un service public n’a pas à être rentable, sa raison d’être étant de remplir des missions d’intérêt général.
En effet, les services publics ont été créés après la Seconde guerre mondiale par le Conseil national de la Résistance, pour faire nation et préserver du retour de l’horreur fasciste. La Radiodiffusion télévision française, RTF qui deviendra ORTF, a été créée en 1949 sur le principe du reversement d’une redevance par les usagers. Il est dans la logique du système capitaliste que ce système de solidarité soit systématiquement attaqué par les riches, qui ont un intérêt économique à engranger eux-mêmes l’argent public, mais surtout un intérêt idéologique à diffuser une pensée de la concurrence et de l’inégalité. Cet intérêt privé doit être contrebalancé, et non appuyé, par la puissance publique.
Or le principe entrepreneurial est à la base des réformes successives de l’audiovisuel public, dont la loi Dati devait parachever l’œuvre. Une bataille semble gagnée avec son enterrement, mais les menaces continuent de planer sur l’information et la création libres et de détruire la création audiovisuelle.
Résister aux attaques
La menace est triple :
- le budget 2026 prévoit une coupe de 86 millions, dont 80 millions pour France Télévisions, qui doit couper dans ses antennes locales et dans la création
- la commission d’enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public », créée et présidée par des députés Ciottistes, s’attaque, durant ses auditions encore en cours aux opinions -non exprimées à l’antenne- des journalistes et humoristes de « gauche » sans remettre en cause l’autorisation d’émettre des chaînes privées multi-condamnées de Bolloré et consorts
- l’IA est une gigantesque fabrique de fakenews plus vraies que nature provenant des dictatures d’extrêmes droites qui s’emparent du monde. Seule une digue très solide, faite de services publics, de médias indépendants, de régulation et d’éducation à l’information, pourra l’empêcher de submerger nos esprits.
Le gouvernement Lecornu 2 a-t-il pris conscience que la destruction de l’audiovisuel public précipitait la France dans les bras du RN ? Veut-il revenir en arrière et laisser enfin place à une information et une création audiovisuelle libres et d’intérêt général, fondées non sur des objectifs de rentabilité mais d’intérêt commun, de valeurs républicaines ? Rien n’est moins sûr, et il faudra que le nouveau ministre de la Culture en ait la conscience, et le souci. Que la gauche devra veiller à lui rappeler…
Agnès Freschel
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