dimanche 27 novembre 2022
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Avec Michel Ocelot, le conte est bon 

Avec Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse, le père de Kirikou prouve encore une fois qu’il n’a rien perdu de son sens de la poésie, ni de ses valeurs humanistes

Depuis le succès du premier volet de la trilogie Kirikou, qui, avec une grande élégance de traits et d’esprit, nous plongeait dans la culture de l’Afrique de l’Ouest, chacun des films de Michel Ocelot est attendu avec impatience. Et il n’a jamais déçu. Évoluant dans ses techniques d’animation, de la 2D à la 3D, du collage à la numérisation, il a conservé ses exigences et sa poésie. Après le superbe Princes et Princesses, la quête d’Azur et Asma entre Occident et monde arabe, le captivant Dilili, jeu de piste dans le Paris de la Belle Époque, le réalisateur, bientôt octogénaire, présente son dernier né : Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse

Trois contes et trois époques
Plus modeste dans ses ambitions, il déclare avoir voulu, après les six années de travail consacrées à Dilili, passer à des choses plus légères, comme « revenir à la chansonnette après un opéra ». On retrouve l’idée du recueil et de la mise en scène de l’énonciation. Le conteur est ici une conteuse. Devant un auditoire de silhouettes noires vues de dos, elle apparaît frontalement, vêtue d’un bleu de travail, en aplat de couleurs sans contour comme tous les personnages du film. En arrière-plan, des échafaudages ancrent le récit dans le présent, pour mieux nous projeter vers l’ailleurs. Au Soudan et en Égypte pour Pharaon. En France, dans un Moyen Âge ténébreux pour Le Beau Sauvage. Et dans un Orient de fantaisie tel que le fantasmait le XVIIIe siècle européen pour La Princesse des roses et le Prince des beignets. Trois contes aux schémas traditionnels : l’amour, contrarié un temps par les méchants, triomphe de l’adversité incarnée par une régente accrochée au pouvoir, un seigneur cruel ou encore un sultan geôlier de sa fille. 

En revanche, si le héros est toujours le garçon, les princesses ne sont pas pour autant des potiches passives. Dans le premier, c’est Nasalsa qui envoie celui qu’elle a choisi conquérir l’Égypte pour piéger sa mère. Dans Le Beau Sauvage, c’est l’héroïne, bien qu’en arrière plan, qui choisira son époux pour trois raisons poétiques et politiques. Enfin dans le dernier récit, le seul où l’héroïne apparaît dans le titre, la fille du sultan, éprise de liberté et de beignets à la cannelle, n’a pas froid aux yeux et agit à part égale avec son comparse. 

On reconnaît les valeurs humanistes de Michel Ocelot : la rébellion contre les autorités abusives, la soif de liberté, la haine de la guerre, la force souveraine du pardon. On retrouve son sens de la composition des plans et la variété plastique de ses propositions. La profusion des détails et l’exubérance des couleurs pour la dernière histoire, la plus réussie peut-être, ode à l’Orient imaginaire des Mille et Une Nuits. Opulence des palais turcs, faste des marchés dont on sentirait presque les odeurs épicées ! Le parti-pris d’une diction très articulée avec les voix d’Oscar Lesage, Claire de La Rüe du Can et Aïssa Maïga peut gêner dans un premier temps mais la beauté des images l’emporte une fois de plus. 

ÉLISE PADOVANI

Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse de Michel Ocelot
Sorti le 19 octobre
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