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Avignon : Le Grand Canyon est à Roussillon

Au Théâtre des Halles, Nolwenn Le Doth et Anna Pabst revisitent Thelma et Louise, le road movie de Ridley Scott, en actualisant et provençalisant son propos. Plus #MeToo que jamais !

Thelma, Louise et nous, le road movie de deux françaises d’aujourd’hui, part du Finistère pour se conclure dans les ocres de Roussillon. Sur scène Nolwenn le Doth, la bretonne échouée à Avignon, cofondatrice avec Anna Pabst de la compagnie Le Bleu d’Armand, dont les Héroïnes et autres Chevaleresse ont marqué la scène féministe avignonnaise. 

Est-ce la proximité d’un tribunal où s’est jugée l’affaire Pélicot ? Le sujet de la domination masculiniste, du viol et de la violence verbale et symbolique des hommes prend une profondeur particulière dans la ville : le Théâtre des Halles, où le spectacle était programmé par la Scène nationale de Cavaillon, affichait complet à chacune de ses représentations. 

Les deux actrices autrices jonglent avec drôlerie et intelligence entre le film et leur propre fiction : ces deux femmes qui portent leurs prénoms, Anna et Nolwenn, veulent revivre aujourd’hui le parcours de Thelma et Louise, leur film culte, qu’elles résument et analysent en quelques images puis quelques scènes. Pour ce faire, la brune et la blonde, drôles, fortes et émouvantes, alternent avec intelligence les moments d’adresse au public et les scènes du film, et incarnent aussi les personnages masculins avec une belle lourdeur comique. Elles installent ainsi une complicité immédiate avec des spectateurices qui riront souvent, mais seront aussi sensiblement ému·es. 

Progrès féministe ? 

Car les scènes des deux fictions emboîtées révèlent, par leurs similitudes et leurs différences, l’évolution du rapport homme-femme en 35 ans : le viol n’est plus infamant pour la victime, la sororité s’est affirmée, les flics protègent et ne tuent pas, et plus personne n’accuserait Thelma et Louise d’être un film anti-hommes. Vraiment ? 

Ce sont aussi ces similitudes qu’elles relèvent : si le film de Ridley Scott, écrit par une femme, Callie Khouri, a été violemment critiqué en 1991 comme il ne pourrait plus l’être aujourd’hui, les masculinistes sont toujours là. Mais on peut choisir, comme Nolwenn et Anna de se battre contre eux, voire de les convaincre, plutôt que de faire exploser les camions citernes et de se jeter du haut du grand canyon…  On peut choisir de se retrouver dans le canyon provençal, décor d’un film qui clôt le spectacle, où des femmes s’avancent vers le sublime précipice, pour seulement le contempler. 

Agnès freschel

Thelma, Louise et moi a été joué au Théâtre des halles, Avignon, dans le cadre de la programmation de la Scène nationale de Cavaillon

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