Tôt le matin, le 15 novembre 2025, des dizaines de personnes reconnaissables à leurs chaussures de marche se retrouvent à la gare de Vitrolles Aéroport. Un petit café, et en route pour un circuit de 9 km ponctué de prises de parole, comme le Bureau des guides du GR2013 en est coutumier. « Est-ce que vous voulez la carte de la balade ? Vous verrez, elle est un peu particulière : on ne peut pas l’utiliser pour s’orienter. Seulement pour se perdre. »
L’assemblée du jour clôt une période de trois ans, au cours de laquelle le « Laboratoire de Pamparigouste » a enquêté sur la présence du plastique dans l’Étang de Berre. Un dispositif de recherche-action financé par la Fondation de France, comprenant études physico-chimiques, prélèvements participatifs, enquête sociologique sur la perception des polluants par les habitants de la région, design et création artistique.
Larmes de sirènes
Pamparigouste ? Dans la tradition provençale, une île imaginaire au large de Berre, peuplée de fées et réputée inaccessible aux hommes. Le lieu où l’on n’arrive jamais, en somme. « Et si l’île de Pamparigouste, c’était l’Étang lui-même ? Depuis tout ce temps qu’on cherche la vie qui perdure dans les interstices du capitalisme ! », s’amuse un secrétaire général très corporate avec sa cravate, loué à la journée pour animer cette restitution finale.
L’humour est bienvenu, mais ce sont de vrais résultats bien flippants qui sont présentés aux marcheurs, sur fond de paysage industriel, entre autoroutes et raffineries. « À toutes les étapes de leur cycle, les plastiques sont un danger pour la santé humaine et celle des écosystèmes, rappelle Christelle Gramaglia, sociologue de l’Inrae. Rejointe par le biogéochimiste Sylvain Rigaud : « les microplastiques se retrouvent dans nos poumons, le sang, passent les membranes amniotiques ». Ce sont les innombrables additifs qu’on y ajoute, renchérit Florence Joly, référente en Santé-Environnement chez Médecins du Monde, qui sont particulièrement toxiques. Des pollutions cancérigènes et perturbateurs endocriniens sont présents massivement dans les environs. « Devant LyonDellBasell, nous avons relevé entre 10 000 et un million de particules de PVC par kg de sédiments secs », précise Sylvain Rigaud. « Eh bien, est-ce qu’on peut se réjouir ? Ça nous aura évité des afflux de touristes », rit jaune une participante.
GAËLLE CLOAREC
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