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La filiation sous le volcan

Avec La montagne ardente, Philippe Manevy poursuit une œuvre patiente et personnelle

Roman de l’identité familiale, récit de territoire, enquête intime sur le geste romanesque La Montagne ardente est à la fois une éruption, et un tombeau d’identités minuscules.

Une identité à la croisée des chemins

Ancré au pied du Lizieux, volcan ancien d’Auvergne, le récit reconstitue l’histoire de quelques figures propres à la lignée paternelle de l’auteur, sur l’ensemble du XXᵉ siècle, dans la continuité de La colline qui travaille. À partir de legs précieux et dérisoires, photos, textes, récits de souvenirs, Philippe Manevy donne vie et substrat concret à des vies ordinaires, emportées par l’avènement de la modernité, des guerres et de l’exode rural. Paysans, hommes et femmes de pierre et de labeur, figures de religion, d’instruction et d’administration, ils sont autant de personnages rudes, reliés intrinsèquement à la géologie volcanique, vive et ardente, d’après l’étymologie même de Manevy. Au cœur du roman se joue, d’une manière qui emprunte ses points de vue à l’histoire, l’ethnographie et la sociologie, une interrogation permanente sur l’identité qui se situe toujours à la croisée des chemins, des relations entre les êtres, échappant ainsi à toute saisie définitive.

L’écriture des sillons et du mythe familial

À partir de la figure de Joseph, le grand-père que l’auteur n’a pas connu, à partir de celle de Jeanne, sa grand-mère, se construit un mythe familial qui permet à l’auteur d’établir une analogie profonde entre les gestes de labourer, repriser et écrire. L’écriture de La montagne ardente, qui documente avec précision les noms, les dates, les lieux, est à la fois austère et dense, à l’image des figures qu’elle sculpte dans la glaise. Mais elle s’accompagne d’une forte dimension symbolique et analogique, la phrase avançant par métaphores emboîtées et concrètes et qui forment la matière vivante et vitale du roman : pluie de grenouilles, basalte, sillons, tissage… Le texte fonctionne également comme un méta-récit, qui révèle les clés de ses propres principes, entre humilité et doute.

La Montagne arrdente s’écrit dans un écart constant entre passé généalogiqueetdystopie crépusculaire, renouvelant ainsi le récit de filiation et le roman de terroir. Il se lit comme un parcours réflexif sur ce que signifient aujourd’hui l’héritage, la transmission : non possession mais circulation.

Florence LETHURGEZ

La montagne ardente, Philippe Manevy, ed Le bruit du monde

paru le le 5 février
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