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« Bruit et fureur » au GMEM

Voix, électronique et méta-violoncelle : au GMEM, Élise Dabrowski et Sébastien Béranger font résonner la folie de Faulkner et de Shakespeare

Ils ont investi le GMEM à la Friche Belle de Mai pour trois jours de résidence et un enregistrement. Ce « trio à deux » composé d’une voix, d’électronique et d’un drôle d’instrument – mi-violoncelle, mi-banjo – a offert au public un concert exubérant librement inspiré de Faulkner et de Shakespeare.

Tout commence par des fragments. Élise Dabrowski, chanteuse lyrique, effleure en petits textes hachés, ce que Faulkner écrivait en flux continu : « le bruit rentre du dehors puis du dedans, l’enferme, rien ne s’échappe, le soleil se mêle aux cloches qui résonnent dans la tête ». C’est la conscience schizophrénique de Benjy, le personnage simple d’esprit du Bruit et la Fureur – et à travers lui tous ceux que l’on qualifie de « fous » – qui s’exprime dans cette voix : lecture chaotique, échevelée.

Le titre du roman de Faulkner est lui-même emprunté à Macbeth de Shakespeare : « Un conte raconté par un idiot, plein de bruit et de fureur, ne signifiant rien. » Le duo s’en empare et fait résonner dans la voûte une composition ouverte où chacun devient l’interprète de l’autre. Sébastien Béranger capte les sons de la voix et de l’instrument en temps réel, les amplifie, les filtre, les multiplie en écho, parfois de manière aléatoire. Ils rebondissent dans l’acoustique. Il en sourit.

Un banjo-violoncelle

Puis on évoque un fleuve. Élise Dabrowski déclame dans une forme de sprechgesang (parler-chanter). Et le temps se met à couler dans cet univers sonore minéral. La voix porte cette conscience qui déborde, céleste et animale, angélique et bestiale. Au centre du dispositif, un instrument unique, un méta-violoncelle, commandé à Philippe Berne. « Contrebassiste, je cherchais depuis longtemps un instrument plus nomade. On m’a parlé de ce luthier incroyable. J’ai découvert cet objet dans son atelier, véritable caverne d’Ali Baba », explique Élise.

Corps de banjo en bois, manche et cordes de violoncelle, il est directement branché à l’ordinateur de Sébastien devenant une extension de l’électronique. Elle en joue comme d’une contrebasse.

La folie musicale se déploie, baroque et expressionniste à la fois. Il est bien sûr question d’enfermement, de déraison, de langage aussi, écorché, fragmenté, incompréhensible mais empreint de sens. Une véritable tour de Babel entre soi et le monde « qui est un marché » entre soi et soi « je hurle pour que l’on m’entende à travers le vacarme ». Du bruit et de la fureur partout… Un spectacle poétique, sensible à l’extrême mais aussi profondément politique.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le spectacle s'est déroulé le 26 février au GMEM, Marseille.

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