vendredi 1 mars 2024
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Carmen. avec un point et féministe

François Gremaud conclut sa trilogie sur nos héroïnes avec une sublime Rosemary Standley en gitane, et pas seulement

Le public de La Garance, à Cavaillon était debout et multipliait les rappels, comme celui du Théâtre d’Arles la veille. La performance de la comédienne chanteuse est de celles que l’on n’oublie pas, et qui vous donne un plaisir extrême. Et c’est ensemble que le public a chanté, d’une voix émue, commune, « l’amour est enfant de bohème » avant de quitter la salle avec regret.  

L’auteur-metteur en scène ne propose pas une relecture de Carmen mais bien Carmen. une conférence-opéra qui explore et parfois joue l’opéra, souvent s’en joue, le met en jeu et en question. En interrogeant le lyrisme et la vocalité : Rosemary Standley fait preuve d’une musicalité tout en finesse, posant l’opéra populaire là où il pourrait être depuis que l’amplification ne nécessite plus d’avoir du coffre mais de la justesse et de la musicalité. Le très joli timbre de la chanteuse fait merveille, chaque phrase de sa Carmen est un délice pour l’écoute. Sublimant chaque sentiment, chaque nuance, elle livre quelques moments sublimes, une habanera simple, un puits de douleur quand la gitane tire les cartes et se voit mourir.

Mais elle chante aussi Micaëla avec une candeur habitée, évite les aigus en inventant des variantes, et en rend toute l’émotion. Moins tendre avec les personnages masculins, elle joue pourtant la violence de Don José, et livre tous ses airs de ténor en voix de poitrine, magnifique. Et si elle se moque du toréro, elle interprète aussi ses airs de bravoure avec la même, et constante, musicalité. Soulignant au passage la beauté de certains airs, des intermèdes orchestraux jouées par cinq musiciennes formant un quintet flûtes, violon, accordéon (et percussions), harpe et saxophones tout en finesse, et virtuosité.

On ne meurt pas d’amour

La justesse musicale de ce Carmen. (avec un point final comme Phèdre avait un ! et Giselle des ) se double, et se rehausse, de son incroyable virtuosité de comédienne dans ce seul en scène si peuplé. l’ex-chanteuse de Moriarty joue et chante tous les rôles principaux, mais aussi les gamins qui suivent la garde, les contrebandiers, les gitanes, les soldats, les cigarières. D’un geste, elle les fait vivre, plante le décor, emprunte leur voix, fait voltiger notre imaginaire, avec deux chaises déplacées, et beaucoup d’humour complice. Ce décalage accepté permet aussi de commenter l’inacceptable de cet opéra si populaire : la violence constante, la possession, le féminicide, mais aussi le ridicule « parle moi de ma mère » de Don José, et le « plaisir des combats » du Toréador. Questionnée dans son propos, replacée dans son contexte historique et esthétique, Carmen de Bizetest ainsi rendue au peuple pour qui il l’a écrite, à l’opéra comique, au théâtre, à la liberté, au désir. Elle met un point final à l’exploration de François Gremaud de ce répertoire dramatique où les femmes meurent d’oser désirer.

AGNÈS FRESCHEL

Carmen. a été joué le 29 novembre au Théâtre d’Arles et le 30 novembre à La Garance, scène nationale de Cavaillon.
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